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Aucune femme ne doit sa confiance à un homme

8 septembre 2026

Le fait que les femmes ne fassent pas aveuglément confiance aux hommes n’est pas une faiblesse de caractère, mais la conséquence logique d’un monde dans lequel le danger provient le plus souvent de leur propre entourage. Ce blog renverse la question : ce ne sont pas les femmes qui doivent faire confiance, mais les hommes qui doivent créer un monde dans lequel il serait à nouveau raisonnable de faire confiance.

Cet article est la deuxième partie d’une série consacrée à l’hétérofatalisme, publiée à la fois sur Reflab et ici, sur le blog d’EERS. L’hétérofatalisme désigne l’idée selon laquelle les relations hétérosexuelles sont nuisibles aux femmes, voire mortelles pour elles. Cette idée accompagne un mouvement qui conduit certaines femmes à ne plus rechercher de telles relations.

Pourquoi la méfiance féminine n’est pas exagérée

Je ne crois pas que mon mari soit capable de ce qui a été prouvé à l’encontre de Dominique Pelicot – ou de ce dont Christian Ulmen est accusé dans l’affaire Fernandes et Patrick Frei par Iwona L. et Paula L. Bien sûr que non. Mais Iwona L., Gisèle Pelicot et Collien Fernandes ont probablement fait confiance à leurs partenaires, tout comme Paula L. au compagnon de sa mère. C’est précisément dans cet écart que je vis, en tant que femme mariée à un homme : entre l’amour concret et les codes sociaux. Je fais confiance à un homme en particulier tout en sachant que la confiance des femmes envers les hommes n’est jamais tout à fait innocente.

Dans son blog « L’amour en ruines », Manuel Schmid plaide pour que l’on ne laisse pas l’amour aux mains des agresseurs. Je comprends cette impulsion. Je la partage même. Son texte accomplit par ailleurs un travail important et légitime en matière de sensibilisation et d’histoire théologique du mariage – je n’en retiens ici délibérément qu’un seul aspect : la question de savoir à qui, en réalité, sont imposées la confiance et l’espérance. L’espérance ne doit pas devenir une obligation pour les femmes. Quiconque souhaite sauver l’amour doit donc d’abord se demander pourquoi la confiance féminine est devenue si coûteuse et qui doit à nouveau s’en montrer digne.

Quand la sphère intime devient dangereuse

En écho au texte de Manuel, j’aimerais aborder quelques chiffres.

Ces dernières années, d’innombrables rapports ont fait état de violences à l’égard des femmes. L’OMS estime qu’environ une femme sur trois subit des violences physiques et/ou sexuelles de la part d’un partenaire intime ou des violences sexuelles de la part d’un non-partenaire. En 2025, l’OMS a estimé à environ 840 millions le nombre de femmes dans le monde ayant subi, au cours de leur vie, des violences conjugales ou des violences à caractère sexuel. En Suisse aussi, l’entourage proche se relève l’endroit le plus dangereux : toutes les deux semaines, une femme y est tuée par son mari, son compagnon, son ex-partenaire, son frère ou son fils ; chaque semaine, une autre survit à une tentative de féminicide. En 2025, près de 2 800 femmes et enfants ont donc trouvé refuge dans des foyers d’accueil pour femmes en Suisse et au Liechtenstein – avec un taux d’occupation de 81 % et une offre qui est loin de répondre à la recommandation du Conseil de l’Europe d’une place pour 10 000 habitantes (actuellement 0,26).

Ce qui est bouleversant, ce n’est pas seulement la violence en soi. C’est sa proximité. Le danger ne se trouve pas principalement dans des ruelles sombres, mais dans les chambres à coucher, les discussions familiales, les logements communs, les mots de passe partagés, mariages et relations. C’est précisément au lieu où la confiance devrait régner que celle-ci peut être utilisée contre les femmes.

La méfiance de nombreuses femmes n’est pas le fruit d’une hypersensibilité. Il s’agit d’une stratégie de survie née d’une réalité marquée par la violence.

Quand l’ours devient une menace plausible

Sur Internet, notamment sur Instagram et TikTok, une question a circulé en 2024, demandant aux femmes si, dans la forêt, elles préféreraient croiser un inconnu ou un ours. Beaucoup ont choisi l’ours. Un sondage YouGov réalisé au Royaume-Uni en mai 2024 a révélé que parmi les femmes interrogées âgées de 18 à 29 ans, 53 % avaient choisi l’ours et seulement 31 % l’inconnu.

La question de l’ours ne signifie pas que tout homme est plus dangereux qu’un animal sauvage. Elle signifie :

Beaucoup de femmes ont appris qu’elles paient elles-mêmes le prix d’une fausse perception de la masculinité et de son inoffensivité.

L’existence de mouvements tels que 4B trouvent ici une explication. Ce mouvement sud-coréen prône quatre refus : pas de mariage, pas de naissance, pas de rencontres amoureuses et pas de relations sexuelles avec des hommes. La journaliste Nele Sophie Karsten (Süddeutsche Zeitung) a récemment inventé le terme « hétérofatalisme » pour désigner cet épuisement – visible également dans des hashtags tels que #boysober ou #manrepellentoutfits. Il n’est pas nécessaire de partager cette réponse pour la prendre au sérieux. Il s’agit d’une réaction radicale face à un problème identifié : et si les formes familières d’amour, de sexe, de mariage et de famille ne représentaient pas seulement une protection pour les femmes, mais aussi un risque ?

Le mariage ne dissipe pas simplement cette peur

En tant que femme mariée, cette prise de conscience est particulièrement difficile à supporter. Car le mariage repose sur la confiance. Je ne peux pas m’asseoir chaque jour aux côtés de mon mari tout en faisant peser sur lui un soupçon systématique. Je ne le souhaite pas non plus. Une relation a besoin de la possibilité de se faire confiance mutuellement.

Mais ma confiance personnelle n’efface pas cette réalité sociale. Je peux faire confiance à mon mari tout en sachant que d’autres femmes ont également fait confiance à leurs maris. Je peux mener une vie de couple épanouie tout en constatant que le mariage n’est pas automatiquement un refuge pour les femmes. Je peux aimer tout en étant en colère contre le fait que les femmes doivent sans cesse réapprendre à rester prudentes.

C’est précisément ce conflit qui constitue une exigence déraisonnable : on attend des femmes qu’elles aiment, qu’elles fassent confiance, qu’elles restent ouvertes, qu’elles ne s’aigrissent pas, qu’elles ne généralisent pas, qu’elles ne soient pas injustes. En même temps, elles doivent être vigilantes, identifier les risques, protéger leurs limites, décrypter les signaux d’alerte et, en cas de doute, se retirer à temps. C’est une double exigence impossible à satisfaire.

Le problème ce n’est pas mon manque de confiance

La levée de boucliers ne se fait jamais attendre. Sous l’hashtag #notallmen, certains – principalement des hommes – tentent de faire remarquer que tous ne sont pas comme ça. Je suis d’accord avec cela. Manuel précise lui aussi dans son texte que l’expression « tous les hommes » n’est pas une pure absurdité – nous sommes d’accord sur ce point. Mais comment les femmes sont-elles censées savoir quels hommes sont inoffensifs ? C’est précisément ce cri « pas tous les hommes » qui laisse supposer que le véritable problème n’a pas été identifié, mais que le débat se trouve détourné.

Pour les femmes, cette distinction n’est pas une question théorique d’équité, mais une question de sécurité.

Dieter Nuhr (Der Standard) s’est lui aussi récemment moqué de manière très médiatisée des féminicides. Après sa prestation, la Radiodiffusion Berlin-Brandenbourg reçu environ 325 plaintes. Il a conseillé aux femmes d’apprendre d’abord à connaître la personne avec laquelle elles couchent. Un cas classique de non-compréhension du problème. Premièrement, c’est un renversement des rôles entre l’auteur et la victime que de rendre la femme responsable de l’acte d’un homme. C’est simplement une autre façon de demander : « Que portiez-vous donc ? » Et deuxièmement, cette affirmation méconnaît le fait que la plupart des auteurs de ces crimes proviennent de l’entourage le plus intime des femmes. Ce n’est donc pas l’inconnu croisé sur le chemin du retour ni l’aventure d’un soir rencontrée en boîte qui représente statistiquement le plus grand danger pour une femme, mais bien son partenaire, son père ou son beau-père. Une personne de son entourage direct, en somme.

Un cas qui a fait la une des journaux en Suisse durant l’été 2026 illustre à quel point le danger et l’altérité s’excluent mutuellement : Patrick Frei, ancien député UDC au Grand Conseil d’Argovie, s’en est pris avec virulence aux délinquants étrangers au sein du Parlement argovien et a signé, peu avant son arrestation, une motion demandant un durcissement des mesures à l’encontre des pédophiles. Selon l’acte d’accusation, il aurait, parallèlement, endormi pendant des mois la fille de 14 ans de sa compagne à l’aide de gouttes soporifiques et abusé d’elle à plus de 40 reprises. Lorsque l’affaire a été révélée, les autorités ont réduit les aides sociales pour la mère et la fille, et les ont menacées d’expulsion, estimant que la violence sexuelle qu’elles ont subie ne constituait pas un « cas de détresse personnelle grave ».

Ce n’était pas l’« étranger » qui représentait le danger. Et lorsqu’elles ont osé en parler, c’est encore à elles qu’il a incombé d’en payer le prix.

C’est pourquoi la solution ne réside pas dans le fait que les femmes redoublent d’efforts pour retrouver la confiance. Le problème de confiance n’a pas été créé par les femmes. Il ne peut donc pas non plus leur incomber de le résoudre seules.

Les hommes ne sont pas ici des spectateurs, des commentateurs ou des personnes potentiellement incomprises. Ils ont une responsabilité. Non pas seulement lorsqu’ils commettent eux-mêmes des actes de violence, mais aussi lorsqu’ils permettent que la violence se produise, qu’ils la minimisent, qu’ils l’ignorent ou qu’ils ne la dénoncent pas – par commodité. Quiconque tolère les blagues sexistes, relativise les comportements abusifs, protège les auteurs de violences (par exemple en gardant le silence) parce qu’il s’agit d’amis, de collègues, de frères ou de camarades de parti, devient partie prenante du problème.

Il ne suffit pas de ne pas être un agresseur. Les hommes doivent veiller activement à ce que les agresseurs disposent de moins d’espaces de protection : dans les groupes de discussion, les vestiaires, les associations, les églises, les partis politiques, les bureaux, les familles et les cercles d’amis. Ils doivent s’interpeller mutuellement avant que des femmes ne soient blessées. Ils doivent fixer des limites avant que les tribunaux ne soient saisis. Et ils doivent assumer le travail émotionnel, social et politique qu’ils ont trop longtemps délégué aux femmes.

La confiance ne naît pas lorsque les hommes, vexés, affirment qu’ils sont différents. La confiance naît lorsque les hommes montrent qu’ils sont prêts à en assumer les coûts : à risquer des amitiés, à partager le pouvoir, à renoncer à des privilèges, à mener des discussions délicates et à croire les personnes victimes. Tant que les femmes supporteront le poids principal de la prudence, les hommes n’auront pas assumé leurs responsabilités.

Ce ne sont pas les femmes qui doivent leur confiance aux hommes. Ce sont les hommes qui doivent aux femmes un monde dans lequel la confiance peut à nouveau relever de l’évidence.

Le « bonus conjugal » masculin

Ceux qui objecteraient que le mariage et les relations hétérosexuelles stables sont, de toute évidence, bénéfiques pour la santé et source de stabilité n’ont pas tout à fait tort. Mais là encore, il convient d’y regarder de plus près.

De nombreuses statistiques montrent que les personnes mariées sont en moyenne en meilleure santé et vivent plus longtemps. Ce constat est toutefois réparti de manière inégale entre les sexes. Ce que l’on appelle le « bonus du mariage » est souvent un bonus réservé aux hommes. Au-delà de la critique institutionnelle du mariage formulée par exemple par Emilia Roig, telle que Manuel la reprend dans son texte, ce déséquilibre transparaît très concrètement dans les données relatives à la santé. L’économiste comportementaliste Paul Dolan résume bien la situation dans « Happy Ever After » : les hommes vivent plus longtemps lorsqu’ils se marient – les femmes vivent plus longtemps lorsqu’elles ne le font pas. Pour les hommes, le mariage agit souvent, statistiquement parlant, comme une infrastructure de soutien social. Ils vivent plus longtemps et sont en meilleure santé. Pour les femmes, ce qui est déterminant, c’est bien davantage de savoir si ce mariage est réellement heureux, sûr, équitable et source de soulagement.

Si le mariage améliore la santé des hommes, il faut se demander : qui est à l’origine de cette santé ? Qui rappelle les examens médicaux préventifs, entretient les relations sociales, organise l’alimentation, les soins, les anniversaires, s’occupe des enfants, gère les conflits et assure la stabilité émotionnelle ?

L’avantage que procure le mariage aux hommes ne tombe pas du ciel. Il est souvent le fruit du travail des femmes.

C’est aussi pour cette raison que la question n’est pas de savoir si le mariage est une bonne ou une mauvaise chose. La question est la suivante : à qui profite-t-il, dans quelles conditions, avec quelle répartition du pouvoir – et qui en paie le prix ?

L’amour sans confiance a priori

Je ne veux pas laisser l’amour aux mains des agresseurs. Mais je ne veux pas non plus que les femmes soient obligées de sauver l’amour en taisant et en refoulant leur peur. Les femmes qui aiment ne sont pas naïves. Les femmes qui restent prudentes ne sont pas aigries. Et les femmes qui se détournent, qui ne se marient pas, qui ne sortent pas avec des hommes ou qui se méfient systématiquement d’eux ne refusent pas l’amour. Elles refusent un ordre qui leur a trop longtemps imposé de prendre la vulnérabilité pour norme.

Gisèle Pelicot elle-même, que Manuel cite à la fin de son texte, dit qu’elle est prête à prendre à nouveau le risque de l’amour ; c’est son libre choix en tant que survivante, et non une nouvelle référence pour d’autres femmes. Cela ne contredit pas l’espoir de Manuel. Au contraire, cela le renforce : l’amour reste une possibilité. Mais pas comme une obligation à chercher la réconciliation. Ni comme un préalable féminin à toutes relations. Ni comme une preuve que l’on aurait compris l’appel : #Notallmen. Ni comme un crédit de confiance à accorder aux hommes.

Je fais confiance à mon mari. Mais si cette confiance n’est plus innocente aujourd’hui, ce n’est pas de ma faute. C’est aux hommes qu’il revient de créer un monde dans lequel la confiance des femmes relèverait à nouveau du raisonnable.

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