Le Carême est bien plus qu’une simple privation. Cette période invite les chrétiennes et les chrétiens à rompre avec leurs habitudes et à s’exercer à la liberté, non pas comme une performance, mais comme un choix. Quarante jours pour faire une pause, écouter et se recentrer sur ce qui nous porte vraiment.
Le Carême n’est pas une mode récente, même s’il est redécouvert aujourd’hui sous de nouvelles formes. Dans le christianisme, ses racines remontent aux premiers siècles de l’Église. Dès le début, les chrétiennes et les chrétiens se préparaient consciemment à Pâques, fête de la résurrection, en observant le jeûne. Depuis le IVᵉ siècle, cette période de préparation dure quarante jours, en souvenir des quarante jours que Jésus a passés dans le désert.
Dès l’origine, il ne s’agissait pas seulement de renoncer à certains aliments. Le Carême était un temps de clarification intérieure, de réorientation et de préparation au baptême ou au rappel du baptême, célébré lors de la vigile pascale. Il devait aider à se recentrer sur l’essentiel : la parole de Dieu et la vie devant Lui.
Avec la Réforme, l’obligation de jeûner a été relativisée. Les chrétiennes et les chrétiens réformé-es insistent encore aujourd’hui : le Carême n’est pas une obligation, mais un exercice spirituel volontaire. Il ne sert pas à accumuler des mérites religieux, mais à vivre la liberté de la foi.
Cela reste d’actualité aujourd’hui. Le jeûne est à la mode, mais le Carême chrétien va plus loin. Il ne se demande pas ce qui nous rend plus efficaces ou en meilleure santé. Il pose une autre question : qu’est ce qui me rend vivant ?
Le jeûne est à la mode
Le Carême n’est pas un programme de remise en forme spirituelle, encore moins une compétition. C’est une occasion de rompre avec ses routines et de redécouvrir la liberté.
Beaucoup renoncent consciemment au sucre, à l’alcool ou au temps passé devant les écrans. Nous le savons : la disponibilité permanente ne rend pas heureux. Moins peut apporter plus de clarté. Moins peut nous faire du bien. Le renoncement peut nous libérer. Libres pour Dieu, libres pour l’essentiel de la vie.
Dans la perspective réformée, nous nous tenons devant Dieu comme des êtres libres. Nous n’avons pas à gagner notre salut par nos œuvres. Nous n’avons pas non plus à prouver notre valeur par une discipline particulière. Cette liberté inclut aussi celle de faire une pause. La liberté a besoin d’interruptions.
Notre quotidien est souvent rythmé par la précipitation. Nous réagissons vite, jugeons rapidement, nous nous exprimons sur-le-champ. Nous sommes joignables – et être joignable, c’est aussi être constamment sollicité. Le Carême ouvre une autre cadence. Il nous permet de sortir de ce fonctionnement automatique, pour un temps limité, de manière consciente et volontaire.
L’écoute est d’or
Dans son premier message de Carême, le pape Léon XIV a placé l’écoute au centre. La conversion commence par le silence, non par l’activisme. Cette idée nous est familière, à nous réformé-es : la foi naît de l’écoute de la Parole de Dieu.
Le temps libéré par le jeûne peut être utilisé pour lire la Bible, prier, se recueillir. Du temps pour soi, du temps pour Dieu, du temps pour les autres.
Cette année, le Carême chrétien coïncide avec le ramadan musulman. Peut-être pourrions-nous prendre le temps d’échanger avec un voisin ou une voisine musulmane pour découvrir ce qui compte particulièrement pour lui ou elle pendant le ramadan.
Écouter, c’est accorder une vraie attention : ne pas réagir immédiatement, ne pas porter de jugement hâtif, ne pas attiser chaque débat. C’est une forme de jeûne bien actuelle : modérer ses paroles, ne pas parler trop vite des autres, laisser de la place à Dieu.
Le renoncement n’est pas une nécessité
La spiritualité réformée est sobre. Elle sait que l’être humain ne vit pas seulement de consommation, mais de la Parole de Dieu. Celui ou celle qui se laisse façonner par cette Parole prend de la distance avec ce qui semble bruyant et urgent – et redécouvre ce qui porte vraiment.
Jeûner peut signifier ne pas se perdre le soir dans le flot des informations, mais faire preuve d’une écoute active lors d’une conversation. Peut-être aussi remettre en question une habitude ou abandonner une distraction qui apporte plus d’agitation que de joie.
Jeûner ensemble
Le Carême n’est pas un projet individuel. C’est un chemin partagé. En tant qu’Église, nous nous souvenons que nous ne vivons pas de nos performances, mais de la promesse de Dieu. Cette promesse nous libère – libres de changer nos habitudes, libres de recommencer.
Quarante jours ne sont pas une compétition.
C’est un cadeau de temps.
Un temps pour faire une pause.
Un temps pour écouter à nouveau.
Un temps pour devenir libre.
Un temps pour se souvenir de ce qui porte vraiment.
Le Carême n’est pas un exploit.
C’est une école discrète de la liberté de la foi.
Je vous souhaite beaucoup de curiosité pour cette aventure !
P.S. Je serais ravie que vous partagiez vos expériences du carême dans les commentaires. À quoi renoncez-vous ? Comment utilisez-vous le temps ainsi libéré ? Vos relations – avec vous-même, avec les autres, avec Dieu – s’approfondissent-elles ?
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