Croire

Août 21, 2025

Peut-on croire et être angoissé ? Peut-on douter et tenir debout malgré tout ? Marion Muller-Colard répond à la question de son fils dans un récit bref et dense, où la foi devient un geste intérieur, loin des dogmes.

L’autrice

Marion Muller-Colard est théologienne protestante et écrivaine. Docteure en théologie de l’Université de Strasbourg, elle a consacré sa thèse au livre de Job. En 2011, elle publie un premier roman destiné à la jeunesse, avant de se tourner vers des écrits pour adultes, mêlant littérature, spiritualité, philosophie et théologie. Son œuvre, traversée par les grandes questions existentielles, s’adresse autant à l’intellect qu’à l’âme. Depuis 2022, elle dirige la maison d’édition Labor et Fides.

Présentation du livre

Dans le onzième livre de la collection « Qu’est-ce que ça change ? », Marion Muller-Colard met en récit la question du croire ou plus exactement l’action de croire face à l’anxiété. Le roman à la première personne du singulier nous interroge profondément dès les premières lignes. Le jeu narratif du roman commence par la question de son fils aîné : « Comment tu peux être encore angoissée, alors que tu es profondément croyante ? ». Elle y répond par cet écrit « Croire, qu’est-ce que ça change ? ». À l’image des autres livres de la collection, la réponse est courte, une centaine de page, mais dense.

La réponse à la question de l’angoisse n’est ni dogmatique, ni strictement théologique. Ce livre ouvre les horizons du philosophique, de l’existentialisme ancrés dans une tradition chrétienne (parce que c’est celle qui est connue de l’autrice), avec de nombreuses références à d’autres écrits qui laissent entrevoir une certaine érudition de l’autrice. Les références littéraires et théologiques y sont nombreuses, mais jamais pesantes. Sans jugement, sans vérité énoncée, le livre explore l’effet de la foi sur l’angoisse. L’autrice n’assène rien ; elle propose, elle partage. La réflexion n’est donc pas uniquement basée sur une foi chrétienne, mais sur l’action de croire. Croire, dans son sens intransitif. Croire à, croire en, croire tout simplement accompagné d’aucun complément d’objet.

Il faut le noter, son titre est la première occurrence de la collection commençant par un verbe. Pour les dix premiers livres, il s’agissait en d’un déterminant suivi d’un nom. Avec ce livre, le titre nous invite déjà au questionnement avec un verbe habituellement transitif qui devient alors intransitif. Croire qui s’oppose à savoir ou croire qui interroge savoir. « Croire n’implique pas de feindre la certitude. C’est une prise de décision. ». Croire devient un verbe intransitif, un geste intérieur, non un état, un pas vers l’inconnu – peut-être vers l’espérance.

Évaluation personnelle

Difficile à classer entre essai et roman, son livre touche le cœur par sa justesse et par les émotions qu’il provoque. L’écriture poétique invite à la méditation, à savourer les passages, peut-être à être lu et relu. C’est un livre qui ne donne pas de réponses, mais qui ouvre un espace – intime, spirituel, exigeant – pour habiter la question.

Lectorat

Le livre ne s’adresse évidemment pas qu’aux personnes angoissées. Il s’adresse aux chrétiens, mais globalement à tout croyant. Il interroge celles et ceux qui croient savoir à basculer vers un savoir croire, bien plus sage face aux sciences humaines et aux questionnements existentiels. C’est un texte pour les chercheurs de sens, les fragiles, les lucides – pour tous ceux qui tentent de tenir debout, malgré tout.

Marion Muller-Colar, Croire, Labor et Fides, 2025.

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