Ce que l’Observatoire du bénévolat 2025 dit aux Églises
Une contribution de Sabine Stalder et Stephan Jütte
La Suisse est un pays du bénévolat. 86 % de la population âgée de 15 ans et plus contribue, d’une manière ou d’une autre, au bien commun – que ce soit en donnant de son temps, des dons financiers ou de l’entraide de voisinage. Deux tiers (66 %) s’engagent activement dans des activités bénévoles. La bonne nouvelle : cet engagement résiste aux crises. Ni la pandémie ni les transformations sociales ne l’ont fait reculer. En même temps, l’Observatoire du bénévolat 2025 le montre clairement : les formes d’engagement évoluent, et les inégalités sociales dans l’accès au bénévolat demeurent marquées. Pour les Églises, c’est un signal d’alarme – mais aussi une grande opportunité.
L’Observatoire du bénévolat 2025 – un aperçu
En Suisse, environ 590 millions d’heures de bénévolat sont effectuées chaque année. On distingue le travail bénévole formel du travail bénévole informel :
- Le travail bénévole formel (au sein d’associations, d’organisations ou d’Églises) concerne 41 % de la population. Après un recul marqué pendant la pandémie, les chiffres sont revenus à la normale. Une grande partie de cet engagement a lieu au lieu de résidence, bien que près de la moitié des activités s’inscrivent dans un périmètre régional ou cantonal.
- Le travail bénévole informel (en dehors de structures organisées, par exemple les soins ou l’accompagnement apportés à des proches ou des voisins) concerne 51 % de la population. Ce type d’engagement est en net recul par rapport à la période d’avant et pendant la pandémie – une tendance particulièrement préoccupante, car il s’agit souvent de travail de care.
Qui s’engage ? – Le profil social des bénévoles informels
Les facteurs qui influencent l’engagement bénévole sont bien identifiés : niveau de formation, nationalité, revenu du ménage, sexe, région linguistique et durée de résidence.
Les femmes s’engagent plus souvent de manière informelle que les hommes. Ce sont surtout les personnes âgées de 65 à 74 ans qui accomplissent le plus de travail bénévole informel. Chez les groupes d’âge plus jeunes, les bénéficiaires sont proportionnellement plus souvent des personnes sans lien de parenté – comme des voisins, des amis ou des membres du quartier.
Les personnes sans formation post-obligatoire et celles vivant dans un ménage dont le revenu mensuel est inférieur à 5 000 francs s’engagent nettement moins souvent que celles disposant d’un niveau de formation ou de revenus plus élevés.
Les personnes de nationalité suisse s’engagent plus fréquemment de manière informelle que les personnes de nationalité étrangère ; les binationales se situent entre les deux. Une des raisons possibles : les proches des personnes étrangères vivant en Suisse résident souvent à l’étranger, ce qui réduit les besoins d’engagement informel, notamment en matière de travail de care au sein du cercle familial.
Le clivage urbain-rural, souvent présumé, ne se confirme pas : l’engagement n’est pas sensiblement plus faible en ville qu’à la campagne, et il n’existe pas non plus de différences marquées entre les régions linguistiques. Ce qui compte, ce n’est pas tant le code postal que la situation sociale et le degré d’enracinement local.
Travail bénévole dans le domaine ecclésial
L’engagement bénévole dans les Églises comprend à la fois des activités organisées de manière formelle et une part importante de bénévolat informel :
- Le travail bénévole formel inclut, par exemple, des mandats au sein des conseils paroissiaux, des conseils de communauté, des fonctions de direction ou d’animation de groupes.
- Parallèlement, de nombreuses activités informelles sont exercées dans les paroisses : visites à domicile, entraide de voisinage, accompagnement de personnes âgées, soutien ponctuel lors d’événements ou de projets.
- 7,5 % de la population âgée de 15 ans et plus – soit environ 243’000 personnes – s’engagent bénévolement dans des organisations ecclésiales. En fonction de la période de référence, ce taux est passé de 2,1 % en 2020 à 3,2 %. Comparées aux domaines de la culture, du social ou du sport, les organisations ecclésiales se situent en milieu de tableau.
- Avec un volume d’engagement moyen de 2,1 heures par semaine, ce sont au total 27 millions d’heures qui sont consacrées chaque année au bénévolat dans le cadre ecclésial.
Quelques caractéristiques marquantes :
Satisfaction : 95 % des personnes engagées dans le domaine ecclésial se déclarent très ou plutôt satisfaites – un taux supérieur à la moyenne, notamment comparé aux fonctions politiques ou publiques (90 %).
Rémunération : La compensation financière est faible ; rares sont celles et ceux qui reçoivent plus qu’un simple défraiement. La reconnaissance, le sentiment d’appartenance et les possibilités de formation continue constituent les principales formes de « rémunération ».
Durée et type d’engagement : 76 % des bénévoles ecclésiaux sont engagés sans limitation de durée. Toutefois, l’intérêt pour des engagements ponctuels ou liés à des projets progresse (7 % sont actifs sur des projets, 9 % lors de grands événements), alors que les engagements de longue durée perdent en attractivité.
L’âge moyen des bénévoles ecclésiaux est supérieur à 45 ans, avec un âge médian de 56 ans.
Les jeunes adultes s’engagent moins fréquemment dans des fonctions ecclésiales formelles, mais montrent un intérêt nettement plus marqué pour des formes d’engagement flexibles ou centrées sur des projets. Le principe de milice traditionnel et les fonctions classiques au sein des comités rencontrent souvent un rejet de leur part – d’une part en raison du temps nécessaire, d’autre part en raison de l’engagement à long terme qu’elles impliquent.
Il sera nécessaire de mobiliser davantage de jeunes, afin que suffisamment de bénévoles soient disponibles à l’avenir. Pour cela, les Églises doivent proposer d’autres modèles de rôle, d’autres formes de participation – et d’autres modes de communication.
5 éléments-clés pour les Églises et la société
1. Transformation structurelle de l’engagement
L’Observatoire du bénévolat décrit l’engagement actuel comme « régulier, mais ponctuel ». De plus en plus de bénévoles souhaitent des engagements flexibles, de courte durée et avec moins de contraintes à long terme.
Les formes d’engagement changent – mais le niveau d’implication reste élevé. Pour les Églises, fortement ancrées dans le principe de milice et les fonctions traditionnelles, cela implique de :
- Repenser les rôles
- Modulariser les tâches
- Partager les responsabilités au sein d’équipes plutôt qu’avec des individus isolés
- Définir clairement la durée des engagements et favoriser les formats à caractère de projet
À défaut, elles risquent de perdre à moyen terme les prochaines générations de bénévoles.
2. L’engagement comme privilège social
Le bénévolat n’est pas réparti de manière uniforme dans l’ensemble de la population – il reste, à bien des égards, un privilège social :
- Un niveau de formation et un revenu plus élevé augmentent la probabilité de s’engager.
- Les personnes de nationalité suisse sont nettement plus engagées que les personnes étrangères ; les binationales se situent entre les deux.
- Les différences entre villes, campagnes ou régions linguistiques sont relativement faibles.
Ce constat appelle les Églises à :
- Réduire consciemment les obstacles à l’engagement
- Communiquer d’une manière qui soit sensible à la diversité des langues et des cultures
- Solliciter activement les personnes disposant de ressources moindres, et les soutenir
- Partager le pouvoir et les responsabilités au lieu de les concentrer dans des cercles homogènes et restreints
3. La formule de motivation : plaisir et solidarité
La motivation des bénévoles repose sur un double moteur :
- Le souhait d’aider et de prendre des responsabilités
- Le plaisir, la convivialité et le développement personnel : « Le plaisir prime sur le devoir » – surtout dans le travail bénévole formel, ce facteur gagne en importance.
Dans le domaine ecclésial, le sens, la communauté et la foi sont centrales : la motivation « orientation axiologique et solidarité » est particulièrement important. 8 % ayant un travail de bénévolat formel indiquent que leur engagement est motivé par des convictions religieuses ou spirituelles.
À noter : le facteur « l’activité me plaît » est à la deuxième place en termes de critères de motivation.
Pour gagner des bénévoles, il faut allier solidarité et épanouissement personnel, sérieux et légèreté. Les paroisses ont tout intérêt à créer des espaces d’expérimentation, où les individus découvrent leurs talents, vivent une expérience communautaire, se développent – et réalisent : « Mon engagement a un impact. »
4. La surcharge silencieuse du travail de care
Le travail informel de care – soins et accompagnement en dehors du foyer – est principalement assuré par des femmes. Les personnes de 65 à 74 ans y sont particulièrement actives. Pourtant, la participation à ce type d’engagement a diminué depuis la pandémie.
Cela laisse entrevoir une surcharge croissante des principales actrices et un manque de soutien professionnel et structurel. Chez les plus jeunes, les bénéficiaires de ce type d’aide sont plus souvent sans lien familial, ce qui montre que la solidarité dépasse le cercle familial.
Les Églises ont ici une double tâche :
- Apporter un soutien concret (visites, offres de répit, groupes pour proches aidants)
- Plaider publiquement pour la justice dans le care et une reconnaissance du travail non rémunéré
5. Les Églises comme ancrage durable – avec un déficit de relève
Les organisations ecclésiales constituent des piliers de stabilité :
- Elles enregistrent des engagements très durables (en moyenne 16 ans)
- Elles affichent un taux de satisfaction très élevé (95 %)
- Elles s’appuient sur des valeurs et convictions fortes
Mais leur capacité de recrutement est fragile : seulement 2 % des personnes interrogées envisagent les organisations ecclésiales comme lieu pour un futur engagement. Cela révèle un déficit d’ancrage, malgré une base fidèle et motivée.
Ce qui compte, c’est comment les gens s’engagent :
- 44 % citent une sollicitation directe par une personne responsable
- 42 % évoquent un besoin personnel
Il vaut donc la peine que les personnes responsables aillent au-devant des individus, reconnaissent leurs potentiels, les encouragent, et formulent des tâches claires et adaptées – au lieu d’attendre qu’« un volontaire frappe à la porte ».
Voici la traduction adaptée et fidèle à la terminologie de l’Observatoire du bénévolat en Suisse 2025, avec un style institutionnel clair et mobilisateur :
Changer les structures maintenant – et aller à la rencontre des personnes
L’Observatoire du bénévolat 2025 le montre : l’engagement ne manque pas. Ce qui fait défaut, ce sont des formes adaptées, des accès ouverts et des structures en phase avec notre époque – en particulier dans le domaine ecclésial.
Pour les Églises, cela implique concrètement :
- Assouplir les formats : moins de fonctions rigides, plus d’engagements liés à des projets, clairement délimités dans le temps – une condition essentielle pour mobiliser les jeunes.
- Rendre visible l’engagement ecclésial : en particulier les activités informelles comme les visites, l’entraide de voisinage ou l’accompagnement des aînés, qu’il convient de mieux valoriser comme expressions concrètes de l’action ecclésiale.
- Renforcer la reconnaissance et la formation : célébrer les bénévoles, leur donner des retours positifs, ouvrir des espaces d’apprentissage et de développement personnel – autant de formes de valorisation
- Privilégier les sollicitations personnelles : s’appuyer sur les relations et les réseaux, s’adresser directement aux personnes, émettre des invitations concrètes – plutôt que de lancer de simples appels généraux.
- Faire entrer l’engagement ecclésial dans le « champ des possibles » : si aujourd’hui seulement 2 % des personnes interrogées mentionnent l’Église comme domaine souhaité pour un engagement futur, il faut renouveler l’image de ce que peut être un engagement ecclésial : accessible au quotidien, diversifié, flexible – et ouvert aux différentes réalités de vie.
Du point de vue théologique : Le bénévolat est l’expression vivante de l’amour du prochain, une responsabilité partagée, une communauté visible. Du point de vue sociétal : Il s’agit d’un trésor précieux, qu’il ne faut pas seulement préserver, mais aussi rendre plus équitable.
Les chiffres sont clairs : la base est solide, la tendance générale est stable, et dans le domaine ecclésial, elle est légèrement à la hausse. La vraie question est : les Églises auront-elles le courage de réinventer leurs formes d’engagement, non seulement pour inviter à participer, mais pour permettre à chacun de contribuer activement à la transformation collective ?

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