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Prière pour la paix à la Collégiale de Berne : un espace pour aspirer à la paix

Fév 23, 2026

Le 24 février 2026, quatre ans après le début de la guerre d’agression russe contre l’Ukraine, nous nous sommes réunis à la cathédrale de Berne pour une prière œcuménique pour la paix. Cet événement était organisé par la Communauté de travail des Églises chrétiennes en Suisse (CTEC), les Églises bernoises et l’Église évangélique réformée de Suisse (EERS). Dès l’entrée dans l’église, l’atmosphère était palpable : cette soirée était bien plus qu’une simple commémoration. Elle était à la fois plainte, intercession et espérance.

« Un espace pour le silence au milieu du vacarme des armes »

L’évêque Felix Gmür a ouvert le culte avec ces mots :

« Nous voulons prier pour qu’il existe, au milieu de cette longue guerre, un espace où puisse naître le désir de paix. Un espace pour le silence au milieu du vacarme des armes, pour la raison au milieu de la folie des hommes. »

Ces paroles ont résonné dans la nef. Quatre ans de guerre, et toujours pas de fin en vue. Les textes, les prières et les interludes musicaux ont créé précisément cet espace : un lieu protégé où l’on pouvait déposer son impuissance devant Dieu.

Cette prière pour la paix était délibérément œcuménique. Différentes traditions chrétiennes ont pris la parole, et les prières pour la paix nous ont unis au-delà des frontières confessionnelles. À une époque où les polarisations se multiplient, cette soirée a montré ce que signifie la communauté ecclésiale : se tenir ensemble devant Dieu, le monde dans le cœur.

La présence de personnalités officielles a marqué l’événement : Iryna Venediktova, ambassadrice d’Ukraine en Suisse ; Christoph Neuhaus, président du Conseil-exécutif du canton de Berne et Callista Gingrich, ambassadrice des États-Unis à Berne. Leur participation a rappelé que cette guerre n’est pas une tragédie lointaine, mais une réalité politique, sociale et humaine qui nous concerne tous. Dans son discours, l’ambassadrice Venediktova a remercié les personnes engagées en Suisse : « Votre travail est un signe d’humanité et de solidarité. » Elle a souligné que l’aide suisse sauve des vies.

Pour l’Ukraine, le 24 février est aussi une journée de prière. Iryna Venediktova a évoqué quatre années de douleur, mais aussi de dignité, de résistance et d’espoir. « L’Ukraine cherche la paix, mais celle-ci doit être une paix juste. Nous croyons : la paix viendra ! »

Ensemble, les participant-es ont lu le Psaume 88, et Rita Famos a conclu la prière avec ces mots :

« Christ, nous tournons nos regards vers toi. Viens avec ta justice, viens avec ta paix. »

La présidente de l’EERS s’est adressée aux Ukrainiennes et Ukrainiens présents :

« Percevez notre modeste engagement comme un signe de notre solidarité. Une solidarité avec votre combat pour la liberté et la démocratie, un combat que vous menez aussi pour nous toutes et tous. Une solidarité face à votre grande souffrance et aux privations que vous et vos proches devez endurer. Une solidarité dans le deuil des nombreux morts que vous pleurez. »

La culture comme résistance : l’orchestre de chambre de Bakhmout

À la suite de la prière, l’orchestre de chambre du collège Ivan Karabyts de Bakhmout a joué. Ces jeunes musiciens viennent d’une ville qui, en réalité, n’existe plus.

Bakhmout, autrefois peuplée de 80’000 habitants, est devenue l’un des théâtres les plus brutaux de la guerre. Le collège a été détruit en 2022, les instruments pillés, les salles de classe dévastées, et la salle de concert bombardée. Aujourd’hui, le collège continue ses activités en exil à Kamianets-Podilskyï, dans des conditions provisoires, avec les archives sauvées et les rares instruments restants.

Pourtant, leur musique vit.

Les œuvres interprétées, composées par des Ukrainiennes et Ukrainiens, étaient bien plus qu’un simple programme de concert. Elles étaient un témoignage audible d’une identité culturelle. La culture comme résistance. La musique comme espérance, qui a aussi emporté l’audience. Alors que les notes résonnaient dans la cathédrale, une chose est devenue claire : ce n’étaient pas des victimes qui jouaient, mais des jeunes gens pleins de dignité, de discipline et d’avenir. « Leur musique est plus forte que n’importe quelle tempête », a déclaré l’ambassadrice Venediktova.

Une tournée de solidarité

Le concert de Berne faisait partie d’une tournée en Suisse et au Liechtenstein (19–25 février 2026), organisée par l’Association culturelle ukrainienne Prostir Lucerne et l’Aide à l’Ukraine de la Suisse centrale, en collaboration avec de nombreux partenaires locaux. Les dons récoltés sont directement destinés à l’aide humanitaire et culturelle dans les régions particulièrement touchées, comme Kharkiv, Donetsk/Donbas, Louhansk, Zaporijjia et Kherson.

La tournée elle-même est financée par des fonds de soutien, ce qui permet aux sommes collectées d’être intégralement reversées sur place : pour du matériel urgent, des fournitures, et aussi pour des instruments de musique destinés aux enfants.

Lors du concert, Irina Cherednychenko, membre du comité de l’Aide à l’Ukraine de Berne, a partagé son expérience de réfugiée en Suisse : entre les nouvelles incertaines de son pays, un nouveau départ et l’espoir. « Je ne renonce pas à l’espoir de vivre un jour en paix avec toute ma famille. »

L’Église : un lieu d’intercession et de responsabilité

En quittant la Collégiale ce soir-là, une ambivalence persistait : tristesse et plainte, mais aussi espérance et détermination. Les prières pour la paix ne mettent pas fin aux guerres. Mais elles transforment celles et ceux qui prient. Elles nous rappellent que la paix est bien plus qu’un état politique : c’est une attitude spirituelle, une mission, une aspiration.

Dans un monde où la violence et les revendications de pouvoir dominent, il faut des espaces pour le silence, la raison et la compassion. Ce soir-là, la Collégiale de Berne a été un tel espace.

Photos de la prière (Photographe : Christoph Knoch, Bern)

Alle Fotos von C. Knoch, Bern

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