Cinq embranchements d’espérance à Noël
« Gardons fermement l’espérance que nous proclamons, car Dieu reste fidèle à ses promesses. Veillons les uns sur les autres pour nous inciter à mieux aimer et à faire des actions bonnes.» (Hébreux 10:23–24)
Parfois, notre année ressemble à un tourbillon sans fin : les mauvaises nouvelles s’enchaînent et nous entraînent, partout nous croisons la même logique de l’effroi. Et pourtant, chaque année, nous fêtons Noël. Car Noël est plus qu’une petit îlot dans le tourbillon de ces réalités. Noël place cinq embranchements au milieu de cette sorte de rond-point dont il semble impossible de sortir. Non pas des voies de fuite, mais des changements de direction. Qui les emprunte ne s’échappe pas de la réalité – mais la traverse autrement.
Engendré, non pas crée
L’espérance n’est pas un muscle qu’il suffirait d’entraîner. Elle vient à nous. Doucement, sans éclat, dans les petites choses. Noël dit : tu n’as pas à sauver le monde. Dieu est déjà là. Cela détend. Nous regardons les choses telles qu’elles sont – tout en comptant sur ce qui est promis. Ce mélange de réalisme et de confiance rend plus serein, et aussi plus courageux.
Sortir la tête de l’eau
Les crises rétrécissent notre champ de vision. Noël ouvre l’horizon : « Voici, le règne de Dieu est au milieu de vous ! » Ce n’est pas une vision idéalisée, mais un second regard. Nous voyons ce qui fait mal – et nous refusons d’en être prisonniers. Ce changement de perspective crée de l’espace : pour les idées, pour la liberté d’action, pour l’humour. Qui rit de bon cœur ne ressent pas la peur.
Inverser le mouvement
« Incitons-nous à mieux aimer et à faire des actions bonnes » : c’est la forme la plus subtile de résistance. L’amour brise la logique de l’effroi. Il ne se contente pas de répondre, il libère quelque chose : un autre climat, un autre langage, une autre manière d’user du pouvoir. Les bonnes œuvres ne sont pas de la décoration : elles sont des signes avant-coureurs. En elles, l’avenir de Dieu nous rejoint déjà – comme une présence sensible, qui dénoue les relations, apaise les blessures et transforme l’impuissance en action.
Croire avec les sens
Dieu devient humain, pas une idée. C’est pourquoi l’espérance sent la mandarine et la cire des bougies, sonne comme « Douce nuit » et comme un chœur de protestation, a le goût du pain que l’on partage. Les sens nous ancrent. Ils protègent du cynisme et d’une spiritualité déracinée. Qui se laisse toucher devient, à son tour, capable de toucher – et trouve des mots et des gestes qui ne sont détachés de la réalité et qui nous touchent.
L’espérance au pluriel
L’espérance est un travail d’équipe. Seuls, nous recommençons vite à tourner en rond. Ensemble, nous nous rappelons mutuellement ce pour quoi nous nous engageons et partageons ce que nous portons. Nous débattons loyalement, pardonnons généreusement, rions plus souvent. La communauté rend inventif : une personne commence, une deuxième suit, une troisième apporte un gâteau – et soudain, un quartier a une salle chauffée, une paroisse un nouveau groupe biblique, un village a une voix plus forte. De petites choses, certes. Mais de petites choses qui perdurent avec le temps.
Ces cinq bifurcations ne sont pas des chemins secondaires. Elles mènent en plein trafic de nos jours – et elles restent ouvertes, même quand la circulation est dense. Noël ne prétend pas que le monde est guéri. Il montre comment la guérison commence : de Dieu, parmi nous, concrètement. S’attacher à l’espérance ne signifie alors pas serrer les dents, mais se laisser porter – et porter soi-même quand c’est notre tour.
Alors : quand tout tourne, prenons un embranchement. Tenons ferme à la confession de notre espérance, et encourageons-nous mutuellement à croire, aimer et espérer. Non parce que nous sommes naïfs, mais parce que nous sommes libres. Libres de faire ce qui est nécessaire. Libres de partager ce qui est beau. Libres de faire confiance au Dieu qui, déjà aujourd’hui, vient à notre rencontre.
Joyeux Noël – léger, attentif, ancré dans la foi et plein d’espérance. Et si, dans le rond-point, vous manquez la sortie : la prochaine ne tardera pas.
Ce texte est paru au préalable imprimé du Kirchenboten 12/25.
Merci pour ce texte Rita.
Oui l’Espérance est plus que vitale aujourd’hui. Noël nous offre la Lumière nécessaire pour suivre ce chemin et nous éclairer. Belles fêtes dans la joie simple et réconfortante. Amitiés. Marie-Claude Ischer