Cet article est le troisième volet d’une série consacrée à l’hétérofatalisme, publiée à la fois sur Reflab et ici, sur le blog d’EERS. L’hétérofatalisme désigne l’idée selon laquelle les relations hétérosexuelles sont nuisibles aux femmes, voire mortelles pour elles. Cette idée accompagne un mouvement qui conduit certaines femmes à ne plus rechercher de telles relations.
Hétéro… quoi ?
Ces derniers temps, lorsque je dis que je suis en train d’écrire un article sur l’« hétérofatalisme », on me demande généralement : « Pardon ? Hétéro-quoi ? » J’explique alors ce terme un peu compliqué ainsi :
L’hétérofatalisme est en quelque sorte une résignation totale des femmes face aux relations de couple avec des hommes.
Lorsque la conversation en vient aux terribles histoires de violences commises par des hommes ces derniers mois, celles-ci sont rapidement qualifiés de graves déviations isolées par rapport à la norme. On ne se rend guère compte qu’il pourrait s’agir d’un prolongement de ce que de nombreux hommes considèrent encore – ou à nouveau – comme « masculin ».
Hétéro… fataliste
La critique des relations de couple hétérosexuelles traditionnelles portée par le féminisme et enrichie de multiples façons, est encore loin d’avoir fait son chemin partout. Et elle ne le fera pas non plus, surtout pas dans certains milieux du monde masculin. C’est en tout cas ce que croient les femmes qui s’identifient comme « hétérofatalistes ». Elles en ont fini avec la critique du « système masculin » – c’est-à-dire de la socialisation masculine, des structures patriarcales ou de la nature masculine.
Elles ont abandonné tout espoir de voir les hommes devenir capables d’entretenir des relations de couple bienveillantes, dans lesquelles les femmes seraient à égalité, en bonne santé, épanouies et libres.
Elles envisagent l’avenir de notre société sans partenariats hétéroromantiques.
Ce que je ne veux plus me forcer à accepter
J’ai moi-même trop longtemps rejeté les attitudes pessimistes à l’égard des relations amoureuses et de couple hétérosexuelles, les qualifiant d’absurdes, radicales et extrêmes. Je me les expliquais, comme motivée par une pure idéologie, comme une rébellion féministe contre les ordres d’amour de Dieu, comme une déchéance séculière par rapport aux valeurs chrétiennes qui ont rendu notre société possible et l’ont fait prospérer.
Sans amour au nom de l’amour
L’amour de Dieu, tel qu’il s’exprime notamment dans l’amour hétérosexuel, m’était sacré, tant sur le plan personnel que théologique. Dans un geste de protection, je ne me suis pas intéressée à ce que cela pouvait signifier pour les femmes de vivre dans des relations de couple organisées autour des exigences et des besoins des hommes. Avec le recul, cela me semble manquer d’amour.
Les contributions de Manuel et de Stefanie ont rappelé à quel point les femmes peuvent être les grandes perdantes – par exemple lorsqu’elles se marient. Tous deux s’efforcent de faire passer ce message bouleversant : c’est précisément au sein des relations de couple hétérosexuelles que les femmes sont exposées à une violence pouvant aller du pire à la mort.
Quiconque souhaite encore expliquer le pessimisme qui découle des constats par des considérations idéologiques me paraît, pour l’instant, irrécupérable.
Lorsque des expériences réelles se cristallisent en un climat culturel
Il serait tout aussi insuffisant de réduire l’hétérofatalisme à un simple phénomène de mode sur les réseaux sociaux. Certes, ce sont principalement les communautés en ligne qui abordent ce sujet. Et les discours en ligne obéissent à leurs propres logiques d’exagération. Souvent, ils ne reflètent pas la vie dans le monde réel.
« Et si les seules personnes qui se creusaient réellement la tête au sujet de l’hétéropessimisme n’étaient qu’un petit groupe d’auteurs et d’autrices ‘Extremely Online’ et de doctorants et doctorantes ? »
C’est la question qu’a posée Arwa Mahdawi fin juin dans le Guardian
Il n’existe pour l’instant aucune donnée fiable sur le nombre de femmes (et d’hommes) qui partagent réellement des convictions hétérofatalistes. Personne ne peut dire si l’hétérofatalisme va s’imposer comme description d’un état social et psychologique du, ni de la dynamique culturelle qui pourrait en découler.
Et pourtant : il ne s’agit pas seulement d’un terme destiné à attirer l’attention.
L’hétérofatalisme indique un climat culturel dans lequel se cristallisent les expériences réelles, vécues par des femmes avec les hommes et leur comportement relationnel.
Pour celles et ceux qui commencent tout juste à s’intéresser à ce sujet, la classification suivante pourra s’avérer éclairante :
a) Expériences d’inégalité qui entravent la vie
La femme s’occupe du ménage, des enfants, de toute la logistique quotidienne, tandis que l’homme se contente de l’aider. Ce fardeau pratique s’accompagne d’un fardeau mental : c’est à la femme qu’il incombe de savoir, en premier lieu, tout ce qui doit être fait. Elle rappelle, planifie, anticipe – et finit même par le faire pour l’homme.
C’est également à elle qu’incombe en grande partie le soin de veiller à la stabilité émotionnelle du couple. Sur le plan sexuel, le scénario tend également à favoriser la satisfaction des désirs masculins. L’ensemble des connaissances et des responsabilités liées à la contraception incombent principalement à la femme. Et la naissance d’un enfant bouleverse sa vie de manière disproportionnée par rapport à celle de son partenaire, notamment en ce qui concerne son épanouissement personnel, professionnel et financier.
b) La déception face à la promesse d’égalité
Malgré tous ses efforts et tout le travail consacré à la relation, l’homme ne parvient pas à tenir la promesse réciproque d’égalité et d’équité. C’est précisément lorsque cette expérience s’enracine, voire se répète dans une nouvelle relation, que la déception peut se transformer en résignation.
c) Expériences de violence qui détruisent une vie
De manière subtile, un homme tente d’affirmer sa domination en se repliant sur lui-même, en accusant la femme, en dévalorisant ou en sabotant sa vie. Cette sanction de l’autonomie féminine survient souvent lorsque les femmes gagnent en indépendance dans leur vie privée et connaissent davantage de succès professionnel.
La violence se manifeste ouvertement par des menaces, des intimidations et des comportements contrôlant de la part des hommes. Stefanie et Manuel ont décrit à quel point il est grave de subir des violences physiques et sexuelles dans un cadre où règnent la confiance, la sécurité et l’intimité.
Une atmosphère de désespoir
Il est évident que lorsque de telles expériences sont partagées et analysées, elles se condensent en une atmosphère empreinte de déception, de frustration, de pessimisme, de colère et de désespoir. Pour qu’une atmosphère fataliste s’installe, il faut toutefois franchir un cap, que l’on peut illustrer par la séquence d’affirmations suivantes :
- « Dans les couples hétérosexuels, les femmes effectuent en moyenne davantage de travail de soins non rémunéré et invisible. » Il s’agit là d’une affirmation empiriquement fondée concernant les structures sociales.
- « Mon partenaire me laisse sans cesse assumer le travail de soins. » Il s’agit d’une affirmation concernant une relation concrète.
- « En raison de leur socialisation, les hommes ont généralement du mal à assumer de manière responsable le travail de soins. » Il s’agit là d’une explication socio-psychologique généralisante.
- « Les relations de couple hétérosexuelles ne peuvent jamais être menées sur un pied d’égalité. » Il s’agit là d’une affirmation fataliste qui découle des affirmations précédentes. Tout espoir est désormais perdu.
Comment interpréter positivement ce sentiment de fatalité ?
Manuel et Stefanie ne veulent pas se résigner à ce désespoir. Manuel oppose à cette ambiance morose une espérance rebelle en l’amour. Il n’est pas prêt à laisser aux hommes violents le champ libre sur les décombres de l’amour, en « tirant de leurs actes la conclusion que des relations hétérosexuelles saines, d’égal à égal, seraient une illusion ».
Stefanie ne veut pas non plus renoncer à l’espérance en l’amour. Il ne faut pas faire une croix sur les hommes, mais les mettre face à leurs responsabilités : « C’est aux hommes qu’il revient de créer un monde dans lequel la confiance des femmes relèverait à nouveau du raisonnable. »
Pour ma part, je vois de bonnes raisons de supporter, voire même d’accueillir favorablement, cette atmosphère fataliste concernant l’amour hétérosexuel, avant de nous y opposer avec espérance.
Par là – et c’est très important pour moi –, je ne veux en aucun cas dire que nous devrions nous résigner aux conditions sexistes, misogynes et propices à la violence dans lesquelles s’inscrivent les relations hétérosexuelles.
Un tel fatalisme se ferait au détriment des femmes et serait antiféministe. Il masque et entrave les nombreuses possibilités de transformation de la culture des relations hétérosexuelles.
C’est ce sur quoi l’inventeur du terme « hétérofatalisme », Asa Seresin, spécialiste de la littérature et des études sur la sexualité, avait déjà attiré l’attention dans son essai sur l’hétéropessimisme (2019). Mais comment peut-on appréhender l’hétérofatalisme de manière positive ?
Un renouveau dans l’air du temps face à l’épuisement hétéro
Je m’inspire d’une idée de Kirstine Fratz, qu’elle a évoquée dans un podcast que j’ai enregistré avec elle sur le thème « Comment voulons-nous donc aimer ? » (Wie wollen wir den Lieben, 7 avril 2024). Elle considère qu’en matière d’amour, l’air du temps nous autorise à nous remettre de nos relations de couple.
Le fait que les femmes aient besoin de ce répit en raison de leur histoire personnelle a été décrit de manière impressionnante et personnelle – entre autres – par Nele Sophie Karsten en mai dernier dans le magazine de la Süddeutsche Zeitung :
Les femmes en ont assez des hommes.
Les récits de violence masculine épuisent les dernières énergies féminines nécessaires pour rechercher, façonner, supporter, critiquer ou défendre l’amour dans un contexte patriarcal, avec l’espérance d’une transformation.
Il y a près de 25 ans, bell hooks écrivait dans son livre À propos de l’amour (2022):
Le grand public ne perçoit que rarement à quel point les femmes sont déçues par les hommes.
Le vent a-t-il donc tourné dans la société ? Je trouve positif que les femmes puissent aujourd’hui accepter leur « fatigue hétéro » avec résignation et propager leur « fatalisme hétéro ». Comment pourrait-il en être autrement pour que les personnes victimes puissent bénéficier d’une atmosphère dans laquelle elles peuvent se ressourcer – ne serait-ce qu’en se sentant relativement en sécurité ?
Pourquoi maintenant, précisément ?
L’hétérofatalisme systématise la critique féministe, pratiquée depuis des décennies, de l’amour entre une femme et un homme. Peut-être que ce n’est que de cette manière que ces préoccupations peuvent être mises en avant. Car les forces de résistance avec lesquelles s’imposent les images masculines centrées sur la domination se sont renforcées ces dernières années. De plus, les mariages sont mis en scène et célébrés de manière très médiatisée.
Cette polarisation de notre société est également liée à des expériences divergentes : certaines personnes tombent amoureuses, se désirent et découvrent, au sein de relations de couple hétérosexuelles, ce que l’amour peut être et accomplir. D’autres vivent exactement le contraire. Les réseaux sociaux transforment ces expériences en archives collectives qui clachent les unes avec les autres.
Mais les attitudes « hétérofatalistes » ne se répandent pas seulement parce que le féminisme serait inachevé, mais précisément parce qu’il a été couronné de succès.
L’émancipation des femmes a fait tomber tout un ensemble de motivations et de contraintes sociales liées au mariage. De ce fait, les attentes se concentrent de manière accrue sur l’amour de couple lui-même. Celui-ci doit désormais être avant tout le lieu où se réalise la promesse d’égalité entre les sexes. La déception, l’épuisement et la résignation sont-ils aujourd’hui le résultat d’une surcharge d’attentes placées dans l’amour ? Peut-être, mais pas uniquement. La souffrance et les épreuves endurées par les femmes existaient déjà bien avant l’émergence de la critique féministe.
La question « pourquoi maintenant » recèle toujours en son sein l’inexplicable « comment ont-elles pu supporter cela aussi longtemps ? ».
Un fatalisme salutaire au niveau personnel ?
Je suis plutôt sceptique quant à savoir si les attitudes et les projets de vie hétéro-fatalistes sont, à long terme, salutaire et épanouissants pour les personnes concernées. Je ressens ici un malaise similaire à celui qui a inspiré Eva Illouz dans son ouvrage percutant Pourquoi l’amour fait mal (2012):
… la révolution féministe – qui était non seulement nécessaire et salutaire, mais qui reste également inachevée – n’a pas su combler le désir masculin et féminin d’amour et de passion.
Asa Seresin a observé un phénomène similaire dans l’« hétérofatalisme », qu’il décrivait au départ comme une forme de pessimisme :
L’hétéropessimisme consiste en des prises de distance performatives par rapport à l’hétérosexualité, qui s’expriment généralement sous forme de regrets, d’embarras ou de désespoir face aux expériences hétérosexuelles.
Cette attitude fataliste vis-à-vis de l’hétérosexualité conduit à une prise de distance, souvent mise en scène sur les réseaux sociaux. Pour la plupart, selon Seresin, cela ne s’accompagne toutefois pas d’une fin des relations hétérosexuelles. Le désir d’aimer un homme et d’être aimée par lui ne s’éteint pas.
La dimension fataliste s’en trouve ici renforcée. Dans d’innombrables mèmes et déclarations, les femmes affirment avec autodérision : « Malheureusement, je suis hétérosexuelle. » Elles trouvent regrettable et embarrassant d’avoir un partenaire masculin. Pour Seresin, c’est là que réside le paradoxe tragique :
L’hétérofatalisme ne peut vivre ni avec l’hétérosexualité, ni sans elle.
Fatalisme préventif au niveau sociétal
Il me semble que sur le plan social nous traversons une phase où les couples hétérosexuels font l’objet de discussions plutôt critiques, sont perçus avec pessimisme et vécus de manière fataliste – voire ne sont tout simplement pas vécus.
Comme si l’amour entre les sexes entrait en veille sur le plan culturel. Nous devons supporter cela tout autant que les prévisions aux accents dystopiques d’un monde sans amour passionné entre femmes et hommes.
Ce qui pourrait nous aider à traverser cette période, c’est un phénomène connu en théologie sous le nom d’« apocalyptique prophylactique » : la fin du monde est prophétisée de manière si dramatique que les êtres humains se mettent à planter des pommiers (c’est ce qu’on a maintes fois attribué au réformateur Martin Luther).
Je peux imaginer que les visions d’avenir hétérofatalistes aient une fonction préventive. Les meilleures prophéties apocalyptiques ne sont-elles pas celles qui s’avèrent fausses, précisément parce que nous les avons prises au sérieux ?
Pour moi, c’est là que l’espérance commence à scintiller au cœur même du fatalisme.
« Le courage du désespoir » (Slavoj Žižek)
Prendre au sérieux l’hétéropessimisme et l’hétérofatalisme demande le courage d’identifier résolument les espoirs familiers, mais déçus, comme faisant partie du problème de l’amour, et de s’en débarrasser. Deux exemples suffiront :
L’espérance romantique (erronée) : si seulement nous nous aimons vraiment, tout ira bien
Non, pour beaucoup d’êtres humains, cela s’est avéré illusoire. L’amour ne suffira pas à tout arranger entre un homme et une femme. Et l’appel à souffrir au nom de l’amour a infligé de terribles souffrances aux femmes. Si je comprends bien la contribution de Stefanie, c’est là qu’elle ressent un malaise : ce n’est pas, pour l’instant, aux femmes qu’il revient de rassembler tant bien que mal la confiance et l’espoir en l’amour hétérosexuel.
Le (faux) espoir de progrès : à chaque nouvelle génération, les vestiges patriarcaux s’amenuisent
Nous n’avons pas besoin de nous plonger dans la « manosphère » misogyne pour comprendre que les conceptions de la masculinité dépourvues d’amour, les schémas relationnels imprégnés de misogynie et les tissus d’inégalités ne disparaîtront pas d’eux-mêmes.
De ce point de vue, l’hétérofatalisme développe non seulement des forces de désillusions, mais aussi des forces dé-fatalisantes. Car nous prenons conscience qu‘une grande partie de ce qui passe pour de l’amour a cessé d’être de l’amour. Ce n’est pas simplement l’amour, mais une version qui s’est développée au fil de l’histoire et s’est structurée culturellement. Et si tel est le cas, alors nous pouvons également la changer.
L’amour en veille, c’est se mettre à l’écoute
Que devons-nous désapprendre et comment ? Comment développer une éthique de l’amour qui nous aide à trouver, à apprendre et à vivre des formes transformées ou entièrement nouvelles d’amour hétérosexuel ? Au terme de mes réflexions sur l’hétérofatalisme, je ressens le besoin de cristalliser mes espérances diffuses concernant l’amour et de leur donner une forme concrète. Mais face à des récits de violence qui vous coupent le souffle, je souhaite ici aussi maintenir délibérément ouverte cette phase de « veille » culturelle.
Cela revient tout simplement à « écouter » (verhoffen). Ce vieux mot issu du langage des chasseurs conserve encore le sens originel du verbe « espérer » en allemand (hoffen) : « s’arrêter pour tendre l’oreille, écouter, flairer… se repérer. »
C’est ainsi que je l’ai trouvé chez Byung-Chul Han (Der Geist der Hoffnung, p. 14).
Laisser l’amour en veille et, en tant qu’homme notamment, commencer par se mettre à l’écoute. Des femmes et des hommes qui s’interrogent mutuellement en douceur et pressentent ensemble : où l’amour pourrait-il bien nous mener ? Pour Nele Sophie Karsten, un « projet romantique ».
Bibliographie et liens
Eva Illouz : Pourquoi l’amour fait mal. L’expérience amoureuse dans la modernité, Paris : Seuil, 2012.
Byung-Chul Han: Der Geist der Hoffnung. Wider die Gesellschaft der Angst, Berlin: Ullstein 2024.
Nele Sophie Karsten : L’hétérofatalisme. Comment aimer un homme ? Süddeutsche Zeitung Magazin, numéro 21/26. URL : https://www.sueddeutsche.de/magazin/leben-und-gesellschaft/heterofatalismus-beziehung-leben-ohne-mann-single-frauen-li.3483291?reduced=true
Asa Seresin (09 octobre 2019): On Heteropessimism. Heterosexuality is nobody’s personal problem. URL: https://thenewinquiry.com/on-heteropessimism/
Arwa Mahdawi (30 juin 2026): Is Heterosexuality hopeless? URL: https://www.theguardian.com/commentisfree/2026/jun/30/is-heterosexuality-hopeless
Eva Kingreen (14 juin 2026): Heterofatalismus: Ist es wirklich peinlich geworden, einen Freund zu wollen? URL: https://www.hna.de/welt/heterofatalismus-ist-es-wirklich-peinlich-geworden-einen-freund-zu-wollen-zr-94347395.html
Eva Goldbach (15 juin 2026): Was ist Heterofatalismus? Warum junge Frauen keine Lust mehr auf Beziehungen mit Männern haben. URL: https://www.faz.net/aktuell/feuilleton/debatten/warum-junge-frauen-keine-lust-mehr-auf-beziehungen-mit-maennern-haben-heterofatalismus-erklaert-accg-200909254.html
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