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L’Église comme laboratoire de la diversité

20 mai 2026

Aperçus sur deux paroisses interculturelles

L’Église est là où deux ou trois personnes se rassemblent au nom du Christ. Mais que se passe-t-il lorsque ces personnes sont différentes ? Lorsque des réformés et des pentecôtistes, des fidèles issus de communautés locales traditionnelles et de communautés internationales célèbrent ensemble le culte ? Cela reste encore une rareté. Pourtant, deux paroisses en Allemagne montrent comment cette diversité peut devenir partie intégrante d’une communauté. Cet article raconte leur histoire.

Une compréhension de l’Église ancrée dans la pratique

Je m’appelle Lisa Ketges. Je suis théologienne et, pendant plus de deux ans, j’ai régulièrement rendu visite à ces deux paroisses. J’y ai prié, collaboré et échangé avec les personnes sur place.

La conception de l’Église dont je rends compte ici part donc du terrain : des paroisses locales, de la vie quotidienne concrète des communautés.

J’ai observé leur travail liturgique, musical et catéchétique avec un regard extérieur. J’ai recueilli les expériences des membres de ces paroisses ainsi que les savoirs qu’ils ont accumulés dans le cadre de leur engagement. J’étais à la fois immergée dans leur réalité et j’ai pu vivre ce que signifie faire partie de ces communautés.

C’est ainsi qu’a émergé une image de l’Église à la fois nourrie par l’expérience, pratique, et pourtant générale, globale. L’Église, telle que je la décris ici, vit au contact des gens, sur le terrain, et ne peut se soustraire à son environnement. Alors, qu’est-ce que l’Église ? Que devient-elle lorsqu’elle rassemble des personnes différentes ? Et quel est son rapport avec le milieu local ?

Dans cet article, je me demande quelle contribution l’Église peut apporter à la cohésion sociale lorsqu’elle est une communauté de personnes diverses. Je présente trois perspectives : Premièrement, une vision particulière de l’Église ; deuxièmement, ce que signifie le fait que l’Église soit ancrée localement et fasse partie de la société ; et troisièmement, comment le pouvoir au sein de l’Église et dans la société peut être compris sous un angle nouveau.

Comment tout a commencé

Au départ, il y avait un souhait et un espoir. Comme me l’a confié une personne lors d’un entretien :

« Oui, voyez-vous, on se dit : comment se fait-il que dans une même église, on célèbre deux cultes, mais que les deux communautés ne se rencontrent jamais ? Comment notre société peut-elle fonctionner ainsi ? Et puis on se dit : bon, je vais créer un lieu où les choses se passeront autrement. Et ce lieu devrait, à terme, permettre de dire : oui, nous n’avons pas besoin d’un culte iranien et d’un culte allemand, mais il faut que nous commencions, d’une manière ou d’une autre, à ÊTRE ENSEMBLE L’ÉGLISE. […] Et (pause) je ne sais pas, au fond, si à la fin (pause) ça marchera vraiment (pause), ou à partir de quel moment on pourra dire que c’est réussi. » (Extrait littéral d’un entretien. Les majuscules indiquent une emphase)

Le désir de rencontre et l’espoir d’une communauté de foi qui englobe tous et toutes ont poussé, il y a plus de 20 ans, des femmes et des hommes à deux endroits différents en Allemagne à vouloir changer les choses. Parce qu’ils avaient le sentiment que, en tant qu’Église locale, ils passaient à côté de la société et de ses enjeux.

En dehors de la paroisse, ils rencontraient souvent des personnes qu’ils ne croisaient pas au culte : des personnes issues de l’immigration, des croyants issus d’autres traditions chrétiennes, qui n’étaient pas réformés ou luthériens. Parallèlement, les offres en diaconie et les églises issues de la migration implantées dans le voisinage les mettaient en contact avec des personnes venues d’autres pays, mais qui, depuis longtemps, s’étaient installées en Allemagne.

Les deux paroisses ont tenté d’intégrer dans leur Église, dans leur communauté locale, la diversité de la société qui les entourait.

La paroisse St. Georg-Borgfelde avec le Centre africain de Borgfelde à Hambourg, et le « Himmelsfels »à Spangenberg (un camp pour jeunes et jeunes adultes) devaient devenir des lieux où chacun·e pourrait se sentir chez soi dans une même Église.

Dans le contexte d’une société diverse

La diversité croissante de la société, en Suisse comme en Allemagne, est un fait incontournable. Elle fait l’objet de débats, est valorisée ou critiquée. Quoi qu’il en soit, elle façonne les discussions et la perception publique.

La question de la religion prend de plus en plus d’importance dans ce contexte.

Cette diversité se manifeste de manière particulièrement visible dans le paysage des églises et communautés chrétiennes : alors que le nombre de membres des deux grandes Églises (catholique romaine et protestante) diminue, on assiste à la multiplication d’autres églises et communautés chrétiennes. Si certaines entretiennent des relations régulières et éprouvées avec les Églises traditionnelles, beaucoup d’autres ne sont (encore) pas en dialogue avec elles.

L’Église comme espace de vie commune

Comment vivre ensemble harmonieusement dans une société aussi diverse ? La réponse n’est pas simple. Pourtant, il existe des expériences de cohabitation dont on peut s’inspirer.

Il existe des espaces où cette diversité est accueillie, réfléchie et valorisée.

L’Église locale peut et doit être l’un de ces espaces : un lieu où la diversité sociale se rassemble, où les personnes se sentent vues et reconnues pour leurs dons.

Les deux paroisses que j’ai étudiées sont précisément de tels espaces de rencontre. Ce sont des lieux de négociation et de dialogue, que ce soit autour de la Bible ou de la vie quotidienne. Ce sont aussi des espaces de vie commune, où celles et ceux qui y participent acceptent délibérément de se rapprocher des autres. Cependant, pour la majorité des paroisses en Allemagne, ce n’est (encore) pas le cas. Une paroisse aussi diverse et interculturelle reste (encore) l’exception.

La diversité vécue comme norme

Les deux paroisses que j’ai étudié font figure d’exception. Leurs membres se distinguent par leurs langues, leurs histoires migratoires, leurs parcours éducatifs et leurs appartenances religieuses.

Pour celles et ceux qui s’y engagent, ce « profil particulier » n’a cependant rien d’exceptionnel. À leurs yeux, il reflète simplement la diversité et l’interculturalité de la société. Ces paroisses incarnent le « cas normal de l’interculturalité » de notre monde.

Discrimination et racisme dans la société et l’Église

Le « cas normal » inclut aussi les expériences de racisme et de discrimination vécues par les membres de la société. Comme le décrit un interlocuteur :

« La question du racisme joue aussi un rôle. C’est un sujet désagréable, quand on parle d’interculturalité, oui. On a tendance à l’éviter et à ne mettre en avant que les aspects positifs. […] Pourtant, l’exclusion de personnes au sein même des Églises existe bel et bien. […] Oui, il y a du racisme, et il faut en parler, il faut sensibiliser les gens. […] Et je ne peux pas me taire quand je comprends, quand je SAIS que des personnes qui me ressemblent doivent encore, dans cette société, lutter contre l’exclusion, la discrimination, etc. » (Extrait littéral d’un entretien. Les majuscules indiquent une emphase)

Le racisme, la discrimination et d’autres formes de marginalisation ou d’exclusion d’individus ou de groupes font partie des réalités vécues par les membres de ces paroisses. Cela ne concerne pas seulement le contexte professionnel ou la vie quotidienne.

Au sein même de l’Église, il arrive régulièrement que des actes ou des propos racistes ou discriminatoires se produisent.

Une paroisse n’est donc pas un lieu où ces formes de discrimination seraient absentes. Cependant, les deux communautés que j’ai étudiées souhaitent en être conscientes. Elles attirent l’attention sur ces questions et tentent d’impulser des changements.

Besoin d’agir et engagement volontaire

Les membres de ces paroisses adoptent un regard critique. Ce qui, à leurs yeux, devrait être normal, est loin d’être acquis dans « la grande Église » : refléter la diversité de la société au sein de l’Église et adopter une attitude réfléchie face à cette diversité. C’est pourquoi ils soulignent le besoin d’agir et s’engagent pour que le travail interculturel soit développé au sein de l’Église. Ils remettent également en question les rapports de pouvoir, de propriété et d’autorité interprétative existants. Ces rapports sont souvent déséquilibrés, et les personnes issues de l’immigration se trouvent fréquemment désavantagées. Leur objectif est de résoudre ces déséquilibres au sein de leur paroisse.

Les membres de ces deux paroisses s’efforcent de vivre ensemble sur un pied d’égalité. Ils souhaitent transmettre cette approche à leur milieu local.

C’est pourquoi ils considèrent leur travail, en tant que paroisse, comme une mission d’éducation, non seulement pour l’Église, mais aussi pour la vie commune de toutes les personnes sur place.

Vision et objectif

Une vision anime les membres de ces paroisses. Elle reflète également leur conception de l’Église : ils la comprennent comme une communauté où la diversité est vécue de manière durable et valorisée. Pour eux, cela signifie que la diversité, les différences entre les personnes au sein de cette communauté, ne doivent pas être gommées au profit d’une uniformité indifférenciée. Au contraire : chaque personne doit pouvoir rester telle qu’elle est, mais doit aussi entrer en dialogue avec les autres. Ainsi, tous et toutes peuvent apprendre à se connaître et découvrir ce qui peut enrichir leur propre vie. Chacun doit apprendre à remettre en question ses propres certitudes et à adopter, ne serait-ce qu’un instant, un autre point de vue.

Pour les membres de ces deux paroisses, cette diversité est une ressource précieuse : non seulement en raison des dons et des perspectives qu’elle apporte, mais aussi comme miroir critique. Quand on comprend l’Église comme une communauté qui vit une diversité durable et valorisée, on est alors mené à décrire l’effort constant des unes et des autres, l’intérêt mutuel et la curiosité persistante. Cela vaut même lorsque les choses deviennent difficiles et que des conflits surgissent. En étant communauté de cette manière, elles et ils sont l’Église, même s’ils ne s’accordent pas sur tous les sujets théologiques ou ne se sentent pas à l’aise dans les mêmes traditions liturgiques.

L’Église est ancrée localement

Cette mission éducative ne concerne pas seulement la perspective interne de l’Église, mais aussi le regard tourné vers l’extérieur, vers la société.

Pour les membres de ces deux paroisses, il est clair que l’Église est toujours ancrée dans un contexte. Elle est intimement liée aux réalités sociales locales. L’environnement politico-social est aussi celui de la paroisse. Il est donc important de comprendre cette relation comme réciproque : non seulement le milieu influence la paroisse, mais la paroisse, par son travail et sa vie commune, peut aussi agir sur ce milieu.

Comme le raconte un membre lors d’un entretien :

« [Q]ue cette paroisse, en tant que laboratoire de communauté interculturelle, […] puisse donc, en quelque sorte, FAIRE AVANCER la ville sur ce point. La ville EST interculturelle, mais elle doit sans doute encore investir davantage, ou évoluer, dans le domaine de la responsabilité partagée. Ce que nous avons fait, notamment dans le travail avec les jeunes, visait justement cela : intégrer dans des GROUPES des personnes issues de traditions culturelles et religieuses différentes, pour qu’elles apprennent ensemble (pause) à développer, ensemble, une responsabilité pour l’espace urbain. » (Extrait littéral d’un entretien. Les majuscules indiquent une emphase)

Pour les membres, il est évident que leur engagement en faveur de la vie commune peut profiter à la ville, au quartier et à l’environnement.

C’est le cas non seulement de manière directe, par l’implication des personnes, mais aussi indirectement : les membres de ces paroisses interculturelles deviennent sensibles aux déséquilibres de pouvoir et aux discriminations, aux difficultés de compréhension interculturelle et aux injustices structurelles. Ils y prêtent attention dans leur propre vie et impulsent ainsi des changements. La paroisse aide donc à former des multiplicateurs et multiplicatrices pour une vie commune au niveau local.

Une Église publique

Ainsi, l’Église a un impact public. Elle allie une identité théologique à une mission sociale : elle est une Église « au sens d’une Église qui interprète de manière critique la société et participe à sa construction » (Schlag 2012, 14). L’Église a donc une double fonction : elle vit et façonne la vie commune sur place, tout en portant un regard critique sur la société et la cohésion sociale.

L’Église fait partie de l’espace social local, mais elle en est aussi distanciée, car elle a un autre horizon qui détermine son identité, ses tâches et ses actions : son appartenance à l’Église chrétienne mondiale, qui est plus que la somme de ses Églises locales.

La société peut tirer un double bénéfice de l’Église : d’une part, parce qu’elle participe et fait avancer les choses sur le terrain ; d’autre part, parce que l’Église peut attirer l’attention sur des défis et des lacunes qui ne deviennent parfois visibles que grâce à un regard critique et distant.

Les ressources de la diversité

Au fil des années, les membres de ces deux paroisses ont développé une orientation éthique et une attitude qui guident leur vie commune et leurs relations. Ils apportent des expériences dans la gestion et l’équilibre de cette « diversité », dans la résolution des conflits et dans une approche attentive des ressources.

Les membres de ces paroisses ont une grande tolérance pour les opinions différentes. Ils ont développé, avec le temps, une manière de gérer les conflits marquée par le respect mutuel.

Ils s’accordent sur le fait qu’ils n’ont pas besoin d’être toujours d’accord – et pourtant, ils collaborent de manière constructive, avec un objectif commun en tête. Ils considèrent leur diversité comme une ressource précieuse. Et ils ont adopté une attitude fondamentale qui les amène à se demander en quoi leur vie peut être enrichie par la découverte de nouvelles réalités.

Les membres de ces paroisses soulignent particulièrement que leur identité de chrétien·ne·s est une ressource pour eux – non seulement sur le plan personnel, mais aussi pour leur vie commune. Le fait d’être une communauté liée par Dieu les unit : l’Église est pour eux une communauté où la diversité est vécue de manière durable et est valorisée.

Participation et orientation par les dons

Pour les responsables de ces deux paroisses, il était rapidement évident que leurs convictions devaient aussi se refléter dans leur organisation. La valorisation de la diversité doit aussi se manifester là où il s’agit de travailler concrètement, de prendre des décisions et de construire l’avenir de la paroisse. À leurs yeux, une paroisse doit donc être organisée et dirigée dans un esprit de responsabilité partagée, avec des droits et des devoirs communs.

Dès le début, les deux paroisses se sont efforcées de mettre en place des organes de direction participatifs et accessibles. Elles souhaitent ancrer structurellement ce en quoi elles croient : une paroisse tire toujours profit de la diversité des dons et des compétences. Tous les moyens du pouvoir (argent, locaux, personnel, savoir) doivent être partagés si l’on veut vraiment changer les choses et collaborer avec les autres. Les structures ne doivent jamais être un obstacle à la participation et à l’implication de tous.

Pouvoir et possibilités

Derrière tout cela se cache toujours aussi la question du pouvoir. Le pouvoir est un phénomène complexe. Il est omniprésent, mais difficile à saisir. Il est souvent malaisé de décrire comment il s’exprime, quels effets il produit, ou qui exerce le pouvoir et de quelle manière. On s’intéresse généralement aux formes négatives de l’exercice du pouvoir et à leurs conséquences pour celles et ceux qui (prétendument) n’en ont pas. Cependant, au fil de mes recherches, une autre image s’est dessiné pour moi.

Le pouvoir était un facteur constamment présent, exprimé ou non. Mais il s’est révélé bien plus nuancé et diversifié qu’il n’y paraît au premier abord.

Pour mieux comprendre ces phénomènes de pouvoir, en particulier dans un contexte ecclésial, j’ai développé un concept théorique. J’appelle cette perspective sur le pouvoir le pouvoir de transformation (Gestaltungsmacht). Elle me permet d’interroger le pouvoir sur ses effets critiques, constructifs et productifs.

Le pouvoir de transformation

Dans mon concept du pouvoir de transformation, le pouvoir a (au moins) deux facettes. D’une part, une facette liée à l’action : il se manifeste dans ce que quelqu’un fait ou la manière dont il/elle le fait. D’autre part, une facette liée à l’interprétation : il devient particulièrement visible et audible dans le langage, c’est-à-dire dans la parole, la prédication ou l’écriture, dans l’interprétation et l’exégèse.

Le pouvoir n’est jamais détenu par une personne dans une situation donnée, elle n’est jamais seule à le manier. Il est également important de prendre en compte des facteurs externes qui influencent les personnes impliquées : par exemple, la question du genre, mais aussi la valorisation des diplômes ou les expériences de racisme et de discrimination.

Quelle influence ces facteurs invisibles ont-ils sur une situation de rencontre entre personnes ? Comment façonnent-ils la perspective et les possibilités de chaque individu ?

Cette approche permet une analyse concrète des négociations sociales autour du pouvoir, de sa détention et de son exercice. Elle permet aussi de révéler les monopoles et les abus de pouvoir. Cela aide à ouvrir de nouveaux espaces d’action pour les individus et les groupes. Un exemple est le partage des locaux et la responsabilité des événements.

Partager les espaces

Dans les deux paroisses, la disponibilité d’un lieu de rencontre et d’événements était un point important. Ce qui est évident pour les unes est souvent un problème majeur pour les autres. Alors que les paroisses des Églises territoriales disposent souvent de leurs propres bâtiments, les petites églises, moins stables financièrement, cherchent des locaux pour leurs cultes et réunions communautaires. Même un bail ne leur offre qu’une sécurité apparente, car elles restent dépendantes des propriétaires et de leurs conditions.

Les deux paroisses ont voulu opposer à ces expériences une autre forme de partage des espaces. Les responsables du Himmelsfels, un camp pour jeunes à la recherche d’une communauté interculturelle et internationale, ont adopté une approche particulière : ils désignent métaphoriquement le camp comme la propriété de toutes celles et ceux qui s’y rendent.

Le Himmelsfels « appartient » à personne et à tous à la fois. Ce que représente ce lieu et ce qu’il est pour chaque individu, ils souhaitent le laisser à l’interprétation de chacun·e. Il doit simplement rester un espace protégé où le plus grand nombre possible se sente bien.

Les responsables sont également ouverts à l’idée que les participant·e·s contribuent concrètement à l’aménagement du lieu, par exemple en peignant les chambres ou en aménageant de nouveaux espaces. Pour certaines personnes, ce changement de perspective représente une expérience totalement nouvelle : posséder un espace, au sens figuré. Elles sont invitées à se considérer non pas comme des invitées, mais comme des partenaires qui participent à la construction de la maison commune de la communauté du Himmelsfels.

Le pouvoir des espaces

Dans cet exemple, on entrevoit la complexité que je cherche à appréhender avec la perspective analytique du pouvoir de transformation. D’un côté, les responsables du camp du Himmelsfels ouvrent l’interprétation du lieu, mettent leurs espaces à disposition et invitent de nombreuses personnes à considérer ce lieu comme « le leur ». Certaines participant·e·s, jeunes et jeunes adultes, y font des expériences précieuses et y trouvent l’occasion de s’essayer et de grandir.

De l’autre côté, la responsabilité organisationnelle et économique reste entre les mains d’une équipe fixe de collaborateurs et collaboratrices, qui assure la maintenance du camp et répond des questions juridiques. Les nuances du pouvoir – des possibilités d’interprétation et d’action – qui existent dans cette situation apparaissent donc différemment selon les perspectives.

Grâce à une compréhension plus différenciée du pouvoir comme pouvoir de transformation, ces nuances peuvent être mises en lumière. Cela permet de comprendre un rapport de pouvoir situationnel qui rend compte de la fragilité et de la mobilité de cette dimension complexe de la vie sociale.

L’Église comme espace d’expérimentation de la vie commune

L’Église, en tant que communauté de chrétien·ne·s, peut donc être un espace où la vie commune d’une société diverse est expérimentée et réfléchie.

Dans la conception d’une Église locale liée à son milieu social, l’expertise en matière de vie commune peut influencer la cohésion sociale au-delà de ses murs.

Dans les exemples concrets de ces deux paroisses interculturelles en Allemagne, cela se manifeste à plusieurs niveaux. Les membres décrivent une double mission éducative pour la vie interculturelle : au sein de l’Église et dans la société. Leur identité inclut le fait de s’engager dans ces deux domaines pour que leurs expériences et leurs savoirs, en tant que communauté expérimentée en matière de diversité, soient transmis et se développent. Il est particulièrement important que ces paroisses aient une grande expérience dans la gestion des conflits, le développement de la sensibilité aux questions interculturelles et l’impulsion de changements structurels.

S’y ajoute une nouvelle perspective sur le pouvoir, que j’apporte. Le concept pratique du pouvoir de transformation peut contribuer à mieux comprendre les rapports de pouvoir complexes au sein de l’Église et de la société. Ainsi, des rapports de pouvoir unilatéraux et défavorables peuvent être révélés et transformés.

Conclusion

Au final, il reste un souhait et une espérance, comme me l’a confié une personne lors d’un entretien :

« que cette communauté soit en réalité partout, c’est-à-dire qu’elle ne soit pas limitée à un seul endroit, mais qu’au fond – elle devienne une attitude face aux autres, et que l’on puisse toujours l’apporter avec soi, que l’on puisse la garder. »
(Extrait littéral d’un entretien.)

Pour cette personne, les expériences vécues dans les paroisses interculturelles – qu’il s’agisse de Hambourg ou du camp de jeunes Himmelsfels – donnent naissance à quelque chose qui dépasse le moment et la situation.

Cette personne souhaite que les expériences de communauté qu’elle a vécues ne se limitent pas à ces lieux.

Elle espère qu’elles rayonnent : comme une communauté qui accueille et valorise toutes les personnes dans leur diversité ; comme une communauté qui vit de la diversité de ses membres ; comme une communauté fondée sur la conviction et l’expérience ; comme une communauté qui se rassemble et dont l’influence s’étend au-delà, comme une attitude de vie.

Cette personne est convaincue que celles et ceux qui ont vécu une telle communauté peuvent contribuer à une cohésion pacifique et respectueuse au sein de l’Église et de la société. L’espérance est déjà une conviction : l’expertise en matière de vie commune et la communauté vécue, rayonnent – depuis ces deux paroisses, depuis les communautés chrétiennes, depuis leurs rassemblements en tant que chrétien·ne·s sur place, vers le monde.

Références

Thomas Schlag : Öffentliche Kirche. Grunddimensionen einer praktisch-theologischen Kirchentheorie, Zürich : TVZ, 2012.

Lisa Ketges : Macht, Diversität und christliche Gemeinschaft. Empirische Rekonstruktionen für eine praktisch-theologische Ekklesiologie, Transcript Verlag, 2026, Open Access.

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