Les droits humains semblent aujourd’hui un thème révolu, bien loin du phare qu’ils ont été pendant un temps pour un monde en voie de globalisation. Le petit livre de Valentine Zuber publié aux éditions Labor et Fides arrive ainsi à point nommé : sans céder à la naïveté, il nous fait réapprendre leur importance politique et culturelle.
Une lecture à faire absolument pour la journée des droits humains (10 décembre 2025).
Présentation
Le livre se déploie en trois parties : i) une présentation du projet philosophique et politique lié aux droits humains et les différentes étapes de sa réalisation ; ii) une description tout à la fois détaillée et lisible du dispositif actuel des droits humains ; iii) une approche des différents défis auxquels sont confrontés actuellement les droits humains.
Racines philosophiques et développement historique
L’historicisation des droits humains est un trait majeur de ce livre. Le dispositif actuel, qui se fonde sur la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH) de 1948, s’appuie sur une histoire où se mêlent philosophie et politique. Zuber ne résout pas le nœud gordien de la relation entre prétention d’universalité liée aux droits humains et particularité historique : elle indique toutefois les transformations successives des idées maîtresses accompagnant la progressive mise par écrit des droits humains tels que nous les connaissons aujourd’hui.
J’ai particulièrement profité de la mise en histoire de trois types de droits dont sont composés les droits humains : (i) droits civils et politiques (ii) droits économiques, sociaux et culturels, et (iii) droits collectifs et solidaires. Ces derniers, de facture récente, apparaissent d’ailleurs dans la définition donnée par Zuber en début d’ouvrage :
« Les droits humains sont donc les droits fondamentaux que possèdent toutes les personnes sans exception, simplement parce qu’elles partagent une même condition humaine et un espace commun de vie, la terre. » (15)
Le montage international des droits humains
La description de « l’édifice international » des droits humains prend le temps de nous faire passer par ses différentes strates (textes fondateurs, organes, cours, etc.), mais également – et c’est particulièrement important – par les concrétisations régionales des droits humains. L’ONU n’est pas le seul échelon d’articulation des droits humains : ceux-ci s’appuient aussi sur des édifices régionaux. Elle met également en évidence comment les droits humains se construisent pour ainsi dire par deux entrées : par le « haut » du travail diplomatique et par le « bas » des mouvements et organisations prenant forme dans la société civile.
Les défis des droits humains
Dans la dernière partie, Zuber revient sur les défis constants auxquels les droits humains doivent faire face : la résistance permanente à leur application, non seulement de la part d’états autoritaires, mais aussi de la part d’état démocratique ; la mise en cause de leur prétention d’universalité, pour motifs politiques-culturels d’une part, mais aussi pour des motifs religieux.
Dans une dernière section, le livre revient sur la tension actuelle à laquelle est soumis l’édifice des droits humains. Face à un rejet de plus en plus marqué de l’ordre mondial issu de la seconde guerre mondiale, mais aussi face à l’augmentation des impératifs sécuritaires, Zuber réaffirme avec vigueur leur sens : « En dépit, mais aussi grâce à leur perpétuel inachèvement [les droits humains] constituent donc toujours un horizon d’attente pour ceux que l’injustice révolte, et restent un réservoir inépuisable d’espérance pour les êtres humains dans l’avènement futur et universel d’une société humaine plus équitablement partagée et réellement pacifié. » (136)
Appréciation
L’accessibilité visée par la collection « Qu’est-ce que ça change » est particulièrement la bienvenue pour une thématique aussi cruciale aujourd’hui que les droits humains. Face à un thème qui mêle de manière singulière hypercomplexité – le corpus textuel et institutionnel du droit international moderne – et évidence simple – car qui ne voit pas dans les droits humains au moins quelque chose d’important – ce livre offre une introduction bienvenue et éclairante.
Ce livre me paraît aussi particulièrement important pour une perspective suisse, qui se trouve au croisement des traditions francophones et germanophones d’interprétation des droits humains. Ce livre porte en lui tout à la fois un réalisme anglo-saxon, qui s’exprime dans sa lecture politique et culturelle des droits humains, mais aussi un bout d’optimisme – ou en tout cas une niaque – que l’horizon anglo-saxon partage avec la culture francophone au sujet des droits humains. Cette perspective me paraît particulièrement importante dans le contact avec une culture germanophone qui n’a réellement apprivoisé les droits humains que durant le XXe siècle, et qui ne les lit qu’à l’ombre des traumatismes fondateurs de ce siècle.
La suisse peut être le terrain de jeu de la rencontre de ces perspectives – et un livre comme celui proposé par Valentine Zuber pourrait être un outil particulièrement utile pour les helvètes francophones.
Lectorat
Ce livre est à recommander chaudement à toute personne qui souhaite une première initiation aux droits humains et à leurs enjeux. Il est également utile comme « pense-bête » pour revenir sur l’architecture, les dates marquantes et les textes principaux des droits humains.
L’autrice
Valentine Zuber est historienne, directrice d’étude à l’École pratique des hautes études, chaire « religions et relations internationales » membre de l’unité de recherche mixte EPHE-CNRS « sociétés religions laïcités ». Outre ses travaux nombreux sur la laïcité, avec notamment une thèse dirigée par Jean Baubérot, elle a publié également aux éditions Labor et Fides L’origine religieuse des droits de l’Homme. Le christianisme face aux libertés modernes (2017). Elle publie régulièrement dans l’hebdomadaire Réforme.
Elio Jaillet
Valentine Zuber, Les droits humains. Qu’est-ce que ça change ?, Genève, Labor et Fides, 2025.

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