On ne badine pas avec la mort fait partie de ces textes que l’on ne parvient pas à ranger dans un genre littéraire. Court texte de 115 pages, écrit aux dires de son auteure en deux soirées, il allie autobiographie et reportage, il mélange allégrement l’humour noir, le macabre et la dérision.
Parler de la mort sans complexe, mais aussi hors de toute dimension médicale ou spirituelle, voilà sans doute l’intention première de Perrine Baron.
Un texte pléthorique
« La culture, c’est comme la confiture : moins on en a, plus on l’étale. » Eh bien, Perrine Baron dément totalement cette sagesse populaire !
De la culture, elle en a à revendre, ses références sont innombrables, son texte en regorge au point de perdre le lecteur ou la lectrice. C’est sans doute l’impression de lecture la plus forte : parfois, on est largué !
On n’arrive pas à suivre, cela va trop vite et dans tous les sens, l’auteure mélange les références culturelles à ses souvenirs personnels, les allusions se télescopent, on tente de s’accrocher. En vain.
Dans ce patchwork indéfinissable, on finit par perdre le fil.
La lecture d’un livre – cet objet magique, « livre » – n’a pas pire ennemi que l’égarement, volontaire ou non, du lecteur. A cet égarement vient s’ajouter un certain agacement, parfois même de l’ennui.
Dans On ne badine pas avec la mort, une lectrice avertie tient le coup – 115 pages, ce n’est pas long – mais Perrine Baron doit se méfier de sa virtuosité et de sa vaste culture si elle ne veut pas lasser son public. On ne peut pas écrire un roman ou un essai comme on poste des commentaires sur un réseau social.
Les rafales, c’est pour le vent ou les armes, pas pour la littérature.
Quelques perles
Perrine Baron raconte qu’elle a écrit ce texte comme une sorte d’annexe à un roman auquel elle travaille et qui met en scène la figure d’un thanatopracteur.
Original, pas vraiment « vendeur », mais au moins elle appelle un chat un chat.
Je me suis d’ailleurs demandé dès le début si On ne badine pas avec la mort n’était pas le fruit d’une peur de la mort. Ou davantage encore : la crainte la plus insensée de l’auteure est celle de mourir enterrée vivante.
Cela porte un nom.
Taphophobie
Elle s’interroge alors : comment sait-on que quelqu’un est vraiment mort ? Jusqu’à une époque récente, on enterrait des gens vivants, les tenant pour morts.
L’auteure fait voyager son lecteur à la découverte de rituels mortuaires, récents et antiques, proches ou lointains.
En passant, elle y ajoute des souvenirs de famille, des références cinématographiques, littéraires ou encore historiques. Ça fuse et ça embrouille aussi !
Morts vivants miraculeux
Et puis, et c’est intéressant, Perrine Baron cite la Bible à plusieurs reprises, notamment en évoquant la résurrection de la fille de Jaïros (Mc 5) et celle de Lazare (Jn 11).
« Miracle de la résurrection ou cas typique de vivant-mort ? » (p. 31).
Pas de doute : pour elle, il s’agit de cas évidents de mort apparente : les personnes semblent mortes, mais elles ne le sont pas.
Jésus n’accomplit donc aucun miracle, mais par chance son geste évite à la petite fille d’être enterrée vivante. On a eu chaud.
Erreur 404
Dans la même veine, voici encore ce qu’on lit dans un chapitre au titre intéressant « Erreur 404 » – message qui apparaît sur nos écrans quand le serveur web ne trouve pas la page ou la ressource demandée.
On reste dans l’obsession un peu « gore » de l’auteure : et si on m’enterre alors que je ne suis pas morte ?
A partir du récit loufoque de la fouille d’une tombe préhistorique dans laquelle les paléontologues croient à tort retrouver les indices de lits de fleurs servant de linceul, Perrine Baron revient à son interrogation de départ :
« Je formule l’audacieuse hypothèse selon laquelle nos aïeux n’avaient aucune perception spirituelle de la mort mais que, plus sûrement, ils connaissaient le risque d’être enterré vivant, raison pour laquelle ils laissaient ces objets [ndlr : de la nourriture] dans la tombe. Evident, non ?
Et la résurrection de Jésus ? Un réveil après un bref coma dû aux souffrances endurées sur la croix. CQFD. » (p. 96)
Il fallait oser
A une époque où la mort est examinée sous toutes ses coutures que ce soit par la médecine, les soins, les neurosciences, la psychologie, la spiritualité, la philosophie, les religions, le presque pamphlet de Perrine Baron ne restera qu’un coup d’épée dans l’eau.
Reconnaissons-lui pourtant le mérite de cette provocation à l’humour macabre. Parler de la mort à travers le travail du thanatopracteur et de la taphophobie, il fallait oser.
A la manière d’une enfant, sans gêne, sans codes de bonne conduite : que fait le croque-mort avec les cadavres ? Personne ne parle de cela. Et pire encore : pourquoi n’y a-t-il pas de statistiques des personnes enterrées vivantes ?
Ces questions gênantes, Perrine Baron les exhume dans un style éphémère et un peu « trash ».
Pas sûr qu’elles soient mieux entendues après On ne badine pas avec la mort, mais quelqu’un les aura posées.
Sur l’auteure
On ne badine pas avec la mort est la première création littéraire de Perrine Baron.
L’auteure est professeure de lettres modernes ; elle a exercé onze ans en région parisienne avant de partir vivre en Corse où elle continue d’enseigner.
Passionnée d’histoire et d’anthropologie, Perrine Baron ne cache pas son léger penchant pour le macabre.
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Perrine Baron, On ne badine pas avec la mort, Paris, Actes Sud, 2025.
Janique Perrin est docteure en théologie, pasteure, responsable de la formation d’adulte francophone pour les Eglises réformées Berne-Jura-Soleur.

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