Le 31 janvier 2026, l’association Dignity a organisé à Cossonay une journée de sensibilisation aux abus sexuels et spirituels. Invitée à intervenir, l’EERS a présenté les principes et standards pour la protection de l’intégrité personnelle adoptés par le Synode d’été 2025.
Plus de 160 personnes ont pris part à cette rencontre à l’église évangélique de Cossonay. Active en Suisse romande, l’association Dignity œuvre pour une meilleure prise de conscience des abus sexuels et pour la restauration des personnes victimes. Elle accompagne principalement des adultes ayant subi des violences sexuelles, ainsi que leur entourage.
Afin de sensibiliser le public à ces réalités, Dignity a réalisé, dès 2023 le documentaire « Dignity : de l’ombre à la lumière ». Celui-ci constitue un outil de prévention et de dialogue : toute personne ou tout groupe — souvent des paroisses — peut organiser une projection suivie d’une table ronde réunissant des personnes victimes. Forte de cette expérience, l’association, encore jeune, a ressenti le besoin d’aller plus loin en organisant une journée de conférence spécifiquement consacrée aux abus, ouverte à toutes et tous.
La matinée s’est déroulée en plénière et a permis d’aborder les mécanismes propres aux abus sexuels, ainsi que la question des abus spirituels. L’après-midi, les participantes et participants ont pu choisir entre plusieurs ateliers thématiques, parmi lesquels : le sens spirituel du corps, les traumatismes spirituels ou encore la théologie de la souffrance.
C’est dans ce cadre que l’EERS a été invitée à animer, conjointement avec la Fédération des Églises évangéliques (FREE), un atelier destiné aux responsables d’Églises. L’EERS a présenté les principes et standards adoptés lors du Synode d’été 2025, le processus ayant conduit à leur élaboration ainsi que les modalités de leur mise en œuvre. Cet espace d’échange a permis à des responsables issus d’horizons variés, tant évangéliques que réformés, de poser leurs questions. Au-delà de l’accompagnement des personnes victimes, les enjeux liés aux ressources juridiques et aux lieux de signalement accessibles ont occupé une place centrale dans les discussions.
La journée s’est poursuivie par une soirée consacrée à la projection du film-documentaire, centrée sur le processus de restauration après des violences sexuelles, suivie d’une table ronde réunissant des personnes victimes.
Ponctuée de moments musicaux et de danse, l’ambiance de cette journée ne se voulait ni légère ni pesante, mais résolument bienveillante et sans tabou. Elle visait à donner une voix aux personnes victimes tout en offrant des clés de compréhension et d’action face aux abus au sein des Églises.

Interview avec Lisa Zbinden, consultante et sociologue en genre et sexualité et Margarita Fugger Heesen, psychologue, danseuse et fondatrice de Dignity.
D’où vous est venu l’idée de fonder Dignity ?
Margarita Fugger-Heesen : J’ai été confrontée, dans mes cours de danse comme dans mes entretiens, à de nombreuses situations de femmes ayant vécu des traumatismes dans leur corps. J’ai également découvert un documentaire réalisé par la RTS qui mettait en lumière ces violences, ce qui est extrêmement important. En revanche, ce documentaire laissait peu de place à l’espérance d’un « après ». Cela pouvait donner un sentiment d’impuissance et parfois même l’envie de détourner le regard plutôt que de continuer à lutter contre cette problématique.
C’est alors qu’est née en moi l’idée de réaliser un documentaire abordant la thématique des abus, mais en y intégrant une dimension d’espérance et de reconstruction.
Pourquoi s’adresser spécifiquement aux églises ?
Lisa Zbinden : Le rêve de Dignity est que les églises puissent devenir des lieux où les victimes sont protégées, où les violences sont dénoncées, et qu’elles fassent figure d’exemple pour la société.
Nous croyons que l’Église devrait être la première à se lever contre les violences, parce que nous sommes appelés à marcher dans les pas de Jésus, lui qui a protégé les personnes vulnérables, dénoncé la domination et invité à prendre soin du troupeau. Nous croyons aussi en un Dieu de justice.
Les révélations qui sortent aujourd’hui, aussi douloureuses soient-elles, représentent également une opportunité pour l’Église. Une Église qui ose regarder ces réalités en face, qui se tient aux côtés des victimes et qui agit avec transparence donne envie, et renforce profondément le sentiment de confiance et de sécurité, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de ses murs.
Selon vos expériences, quel est le grand défi auquel font face les églises actuellement ?
Lisa Zbinden : Selon notre expérience, un grand défi auquel les églises font encore face aujourd’hui est l’existence d’une véritable culture du silence autour des abus. Malgré le mouvement #MeToo et la libération progressive de la parole ces dernières années, une écrasante majorité des victimes ne parle pas de ce qu’elle a vécu. Et lorsque certaines osent en parler, elles ne sont pas toujours prises au sérieux.
Il arrive aussi que l’on tombe dans ce que l’on peut appeler un « bypass spirituel », c’est-à-dire l’utilisation de réponses spirituelles simplistes pour éviter de regarder en face la réalité de la souffrance, de l’injustice et du traumatisme vécus. Concrètement, on invite parfois les victimes à prier, à « faire confiance à Dieu » ou à pardonner directement leur agresseur, sans leur laisser le temps de prendre la mesure de la souffrance subie, de nommer ce qui a été vécu comme une violence, ni d’être reconnues et protégées dans ce qu’elles traversent. Ce type de réponses peut minimiser la gravité des faits, culpabiliser les victimes et entraver leur processus de guérison, en donnant l’impression que la foi devrait suffire à « effacer » la blessure, sans passer par un chemin de vérité, de justice et de réparation.
Pourquoi avoir choisi d’utiliser la danse et la musique dans le documentaire ?
Margarita Fugger-Heesen : Parce que nous croyons profondément à la puissance de la beauté. Amener de la beauté dans un sujet aussi sombre, lourd et sensible nous semble essentiel. Nous voyons que, à travers la musique, la danse, et les extraits vidéo les personnes sont touchées d’une manière différente. On ne parle pas seulement de quelque chose de théorique ou qui reste au niveau de la tête : cela vient toucher le cœur.
Pour toutes questions concernant la prévention de l’intégrité personnelle au sein des Églises réformées : Cynthia Guignard, chargée des relations avec les Églises, cynthia.guignard@evref.ch
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