Le manuel Reliance explore la transition intérieure comme réponse à la crise écologique. Entre réflexions théoriques et exercices pratiques, il propose une diversité de pistes psychologiques et spirituelles pour renouer avec soi, les autres et le vivant.
Un manuel
Le livre contient d’innombrables suggestions pour entamer, et si possible réussir, une transition intérieure indispensable pour faire face à la crise écologique. Jusqu’à la page 268 les chapitres évoquent des théories et des réflexions. Ensuite jusqu’à la page 433 sont présentés des exercices pratiques qui font échos aux chapitres théoriques. Le livre se veut être une sorte de catalogue dans lequel le lecteur pourra puiser selon ses propres possibilités et affinités pour une transition intérieure. Ces propositions multiples de refondation de sa vie naviguent surtout dans le psychologique. Les multiples propositions et réflexions centrées sur l’intériorité ne doivent, en revanche, pas faire l’impasse de la dimension extérieure de la transition abordé dans l’un des neufs chapitres. Le livre étant préfacé par Rob Hopkins[1], le lecteur sera sollicité à de nombreuses fois pour activer son imaginaire. Mais la clé de voûte est certainement un travail psychologique sur soi autour des dépassements des dualismes les plus variés et d’entrer dans une conception de vie autour de quatre valeurs : la gratitude, le non-agir, à savoir permettre au flux de la vie de couler sans entrave, l’humilité ou l’acceptation de ses propres limites et s’en réjouir avec humour, et finalement le courage de se confronter au réel et affronter échecs et deuils.
Intégrer « Plus-grand-que-soi »
Le livre donne une certaine place à la conscientisation du « plus-grand-que-soi » que d’autres nommerons Dieu. Le manuel propose des rituels à accomplir pour faire face aux deuils écologiques et à l’environnement abimé. Aucune démarche spirituelle n’est abordée avec un regard critique, mais tout ce qui favorise une démarche intérieure qui ouvre à « plus-grand-que-soi » est accueillie. Le livre s’exprime à plusieurs endroit de manière critique envers la religion : « Si la spiritualité sécrète des crispation, en particulier dans les milieux de la transition, c’est qu’elle est souvent identifiée à la religion (page 106). … Dans une démarche de transition, la spiritualité sera donc fondamentalement laïque, libre, personnelle, a- ou trans-confessionnelle, indépendante des religions qui n’en ont pas le monopole (page 107) ». Certes, le livre voit aussi des possibilités à partir d’une religion instituée, mais préférant de loin une spiritualité nouvelle utilisant mythes et symboles de toutes sortes pour promouvoir la reliance, clé de voûte des approches. Peut-être le sens du projet peut être concentré dans cette citation : « Il s’agit de retisser des liens défaits, soigner des liens souffrants ou en souffrance, remplacer des liens qui aliènent, étranglent ou enchaînent par des liens qui libèrent et deviennent des canaux où circule une énergie spirituelle, venue de la Source du vivant et motrice des métamorphoses (page 111). »
Appréciation
C’est un véritable manuel quasi inépuisable en idées, propositions et chemins ouverts. Dans une première lecture on est un peu dépassé par le foisonnement. Il répond à la question : « qui suis-je et que dois-je faire » de manière elliptique. L’humain contemporain angoissé face à la crise écologique devra entrer dans une des ellipses tout en se laissant probablement entrainer par d’autres ellipses car les démarches se chevauchent ou s’emboîtent. Le texte est parfois complexe, parfois léger avec des exemples concrets, utilisant tous les auteurs actuels sur le sujet de la transition intérieure. En cela, le livre est une grande ressource.
Je trouve ce manuel peu auto-critique sur les approches psychologiques proposées. Un peu comme si tout peut être utile pourvue que cela nous relie à tout ce qui est vivant et nous fasse changer notre rapport à nous-même et au monde. Le livre n’hésite pas à aborder des questions complexes, comme la violence, la mort, ou accueillir ou non des enfants dans un monde ravagé. Mais les chapitres sont courts et manquent par ce fait de réflexions approfondies et critiques.
Comme chrétien je me sens enrichi par cette lecture, mais les parties en lien avec la spiritualité s’articulent très mal avec la foi chrétienne. La sacralisation de la nature et l’impermanence posée comme allant de soi ne concordent pas trop bien avec la tradition chrétienne. Je pense que le livre s’adresse davantage à un public friand de néo-paganismes ou de mystiques naturalistes. J’aurais besoin, à partir des idées stimulantes du livre, de relire la tradition chrétienne et y trouver un écho ou un équilibrage qui finalement mène au même but : retrouver du plaisir à vivre sans détruire. Ce livre appelle donc à un autre qui serait une sorte de manuel de la transition intérieure à partir de la tradition chrétienne. Mais tel quel, je ne le recommande pas à mes paroissiens.
Michel Maxime Egger, Tylie Grosjean et Elie Wattelet, Reliance, Manuel de transition intérieure. Préface de Sophy Banks et Rob Hopkins. Actes Sud, 2023, 480 pages
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