a
  1. Accueil
  2. Blog de l’EERS
  3. Un trésor dans les cieux

Un trésor dans les cieux

3 septembre 2026

Dans Un trésor dans les cieux, Gary Anderson explore une vision catholique de la charité comme acte de foi et économie des œuvres, s’appuyant sur des textes deutérocanoniques peu connus des protestant·e·s. Son étude, centrée sur le purgatoire, invite à un dialogue œcuménique sur la rétribution, les mérites et la grâce – mais aussi à interroger les fondements scripturaires de ces doctrines.

Auteur

Gary Anderson est professeur émérite de théologie catholique à l’université Notre Dame (États-Unis) après y avoir été enseignant en Ancien Testament. Son intérêt a porté plus particulièrement sur la réception des textes bibliques dans le judaïsme et le christianisme primitif.

Lectorat

Le titre laisse entendre que cet essai pourrait intéresser toutes les personnes impliquées dans l’entraide. Or c’est plutôt en direction des catholiques désireux de penser la doctrine sociale de leur Église que l’auteur a pensé son étude dont le point d’orgue est l’apologie du purgatoire.

Présentation du livre

Ce livre de 297 pages suit un plan en deux parties : la charité comme acte de foi, et l’économie des œuvres.

Les textes étudiés sont principalement issus de la littérature deutérocanoniques (considéré comme secondaire dans le canon des bibles protestantes) : le Siracide et Tobit. L’un des objectifs de l’auteur est de rééquilibrer les discours théologiques sur la charité qui a surtout été travaillée par les théologiens protestants. Il veut redonner une tonalité sacramentelle qui correspond à la théologie catholique (p. 16).

La charité comme acte de foi

La thèse la plus intéressante de l’auteur est que donner aux pauvres est une profession de foi. Comme le Christ s’est donné (ce dont l’eucharistie rend compte, rappelle l’auteur), le fidèle est appelé à s’offrir en aumône. S’appuyant sur le livre de Tobit (sans tenir compte de l’écart entre le VIIIe BC, époque à laquelle les faits auraient eu lieu, et le III-IIe BC, date de la rédaction) et sur Proverbes 19,17 « celui qui a pitié du faible prête à l’Eternel qui le lui rendra », il observe que la charité ne qualifie pas d’abord celui qui donne. La charité étant l’exacte expression de l’action de Dieu, le don au pauvre est la manière d’être fidèle à Dieu qui injecte de l’amour dans l’histoire humaine.

La question que pose l’auteur est : que deviennent les bonnes œuvres ? Sa réponse est : « un bien accumulable dont le bénéfice peut être récupéré plus tard. » Au regard de la doctrine du purgatoire, « elle peut être transférée à un autre après sa mort. » (p. 56). L’auteur pointe qu’il y a là une opposition à l’approche de la Réforme protestante.

Un autre point intéressant de son essai est de rappeler que la foi ne peut se réduire à un seul consentement intellectuel ; c’est aussi une manière de vivre. Il repère sept manières concrètes d’incarner la charité : visiter les malades, inhumer les morts, nourrir les affamés, donner à boire aux assoiffés, vêtir ceux qui sont nus, loger les sans-abris, libérer les prisonniers. « Aussi l’aumône s’avère-t-elle un fantastique instrument de mesure de la foi (Glaube) animant la générosité financière du créancier (Gläubiger) en tant que croyant (Gläubige) » (p.83). C’est en vertu de cette confiance qu’il est possible de prendre des risques, comme le fait Tobit. Le foi est également, selon l’auteur, la confiance dans la rétribution à venir pour ses bonnes œuvres, dans cette vie ou après.

L’économie des œuvres

L’auteur constate que Ben Sira postule (Siracide) que les mérites sont stockés dans cieux (3,4) et, ainsi, peuvent compenser des démérites (3,3). Ces mérites peuvent être transmis à la génération suivante (3,14). Il repère que la littérature intertestamentaire manifeste une inclination pour la thésaurisation des actes de justice, ce qui permet d’apporter une consolation à la question du mal présent : la récompense aura lieu dans l’au-delà (2 Baruch 24,1), au moment du jugement dernier où seront ouverts « les trésors ou est rassemblée la justice de ceux qui ont été justes dans la création » (p. 192).

Citant Irénée de Lyon qui commente Proverbes 19,17, il ouvre une compréhension plus intéressante que la rétribution de mérites : le don qui correspond à la nature de Dieu, crée un entraînement à la solidarité. Mais ce qui intéresse l’auteur, c’est d’en venir à la défense du purgatoire, le lieu où sont ceux qui ne sont pas allés au bout de leur sanctification de leur vivant. Ayant appris que des communautés juives espagnoles, au XIIIe, avaient légué une bonne part de leurs propriétés à des œuvres caritatives « au bénéfice de leur âme après leur mort », il tire la conclusion que c’est « un puissant argument en faveur de son ancrage dans un héritage scripturaire partagé » (p. 264).

L’auteur poursuit en décidant qu’il faut s’accorder à l’instinct qui consiste à vouloir intercéder pour les morts, à essayer de les chérir, ce qui permet de donner aux gens quelque chose de constructif à faire pour les morts.

Le trésor dans les cieux est entendu comme une comptabilité qui efface les fautes commises, qui purge les dettes accumulées (p. 273).

La citation de Tobit 4,9-10 « l’aumône délivre de la mort et empêche d’aller dans les ténèbres » devient une allégorie du purgatoire qui sert donc à « purger le compte de tout péché ».

Évaluation

L’intérêt de cet ouvrage est d’offrir une perspective contemporaine sur la doctrine des mérites et du purgatoire dans l’Église catholique, en abordant des textes deutérocanoniques dont les protestants ne sont pas familiers.

L’auteur aurait pu repérer que donner aux pauvres est un acte de foi qui témoigne de notre confiance dans le fait que les bénéficiaires du don seront capables de le rembourser, d’une manière qui ne sera peut-être pas financière. C’est le sens que nous pourrions donner à ce verset de Qohéleth 11,1 « jette ton pain à la surface des eaux, avec le temps tu le retrouveras » … métamorphosé par Dieu, les personnes sont rendues libres d’agir, pourvu que nous leur donnions les moyens de vivre, de s’éduquer et d’orienter leur vie dans le sens de ce que l’Évangile invite à accomplir.

En corolaire, ne pas tenir compte de l’évolution de la pensée juive en direction de la responsabilité individuelle développée par exemple en Ézéchiel 18 – qui s’oppose à la transmission des fautes ou des mérites d’une génération à l’autre – c’est se priver d’une compréhension de la théologie qui ne porte pas tous ses espoirs sur une intervention divine post-mortem.

La temporalité de la Bible hébraïque qui sera assumée par les disciples de Jésus, offre, déjà la possibilité de vivre maintenant des bénéfices de la grâce. La charité devient alors un moyen d’injecter dans le présent la dynamique du Royaume de Dieu, de telle sorte que cette dynamique l’emporte sur tout ce qui dégrade l’humanité.

Enfin, lorsque l’auteur imagine que la Déclaration commune luthéro-catholique sur la justification serait l’occasion pour les protestants de renouer avec la notion de purgatoire (p. 264), on perçoit l’opportunité de débats théologiques œcuméniques sur un chapitre que l’on pensait clos.

Gary Anderson, Un trésor dans les cieux. L’économie de la charité et le rôle des pauvres dans la tradition biblique (traduit de l’anglais [États-Unis] par Rémi Hadad), Genève, Labor et fides, coll. « Essais bibliques 63 », 2025.

Blog EERS

De

Tous les articles

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *