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La théologienne genevoise Emma van Dorp participera à la sixième conférence mondiale Foi et Constitution du COE, qui se déroulera du 24 au 28 octobre en Égypte. Membre de la Commission depuis 2023 sur mandat de l’EERS, elle contribuera aux réflexions théologiques du COE autour du thème central « Quels horizons pour l’unité visible ? ». Interview.
Emma, tu es membre de la Commission Foi et Constitution depuis deux ans. En quoi consiste concrètement cet engagement ?
Mon engagement consiste à représenter l’EERS et notre tradition réformée suisse au sein du mouvement œcuménique mondial. Concrètement, la Commission se réunit en présentiel tous les deux ans, et nous échangeons en ligne tous les trois mois sur Zoom.
Nous abordons des questions théologiques et j’essaie de faire au mieux pour porter la voix réformée suisse, afin qu’elle soit reconnue et que nos préoccupations soient bien comprises. Un exemple : nous travaillons actuellement sur le message de la prochaine conférence de Foi et Constitution. Mon rôle est de proposer des textes bibliques, car notre tradition réformée accorde une place centrale à l’Écriture. D’autres délégués, notamment orthodoxes, mettent davantage l’accent sur la théologie trinitaire, par exemple. La diversité des propos nourrit nos échanges : nous discutons et débattons ensemble sur les messages et textes qui seront ensuite publiés par la Commission.
Y a-t-il un moment, une discussion ou une idée qui t’a particulièrement marquée au cours des deux années ?
Ce qui m’a le plus marqué, c’est notre première réunion en présentiel en Indonésie. On devait alors choisir dans quel groupe chacun allait s’investir. Au sein de notre commission, nous avons trois sous-groupes, chacun centré sur des thématiques spécifiques. L’un travaille sur l’ecclésiologie baptismale ou sur la synodalité – des sujets qui intéressent surtout les orthodoxes et les catholiques romains. Un autre groupe se penche davantage sur les questions de la justice sociale, de création, et sur la manière dont la théologie peut mener à un engagement face aux crises actuelles de la société – ce qui parle plutôt aux protestants. Ce qui m’a frappée, c’est à quel point nos traditions influencent nos centres d’intérêt. La diversité est apparue très clairement à ce moment-là.
Cette année marque les 1700 ans du Concile de Nicée et de son credo. Quelle signification peut-il encore avoir aujourd’hui ?
Pour moi, ce credo fait encore sens aujourd’hui – peut-être parce que je me suis penchée sur la question il y a un peu plus de deux ans, quand la décision a été prise d’organiser une conférence sur Nicée-Constantinople et sur le credo. Je me suis demandé quelle pertinence ce texte pouvait avoir pour nous, réformés-es suisses. Parce qu’en réalité, on le voit très peu dans nos liturgies. La question était donc : quelle place ce crédo peut-il encore avoir chez nous aujourd’hui, et à l’échelle mondiale ?
Pour répondre à cette question, j’ai découvert la seconde Confession helvétique, notre histoire réformée, et les raisons pour lesquelles nous n’avons plus de confession commune – avec une diversité qui varie selon les cantons. Les échanges que j’ai eus dans les Églises, que je visite depuis quelques années pour parler de Nicée, m’ont permis de comprendre combien il est important d’avoir une identité commune dans une société multiculturelle, multireligieuse et parfois incertaine. Depuis, je pense qu’il est pertinent de reprendre ce credo, pour pouvoir se présenter clairement en tant que chrétien-nes.
Pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas ce genre d’évènement, à quoi ressemble une grande conférence mondiale comme celle qui aura lieu en Égypte ?
Une grande conférence mondiale c’est énormément d’échanges – formels et informels – et souvent très intenses. Durant cinq jours, on va travailler autour de trois grands thèmes : unité, mission et visibilité. Chaque journée sera consacrée à l’un de ces thèmes, avec une plénière et des ateliers en petits groupes. Ces moments formels ont pour but de produire du contenu pour la Commission, que nous pourrons ensuite reprendre et approfondir.
Mais il y a aussi tous ce qui se passe autour : la liturgie, les prières du matin, du midi et du soir, les repas partagés… Et ça, je trouve que c’est essentiel. Parler et manger ensemble, c’est aussi faire de l’œcuménisme. On dit souvent que l’œcuménisme ne se fait pas seulement au salon, mais aussi dans la cuisine. Quand nous avons des discussions très formelles sur les différents points de vue théologiques, c’est précieux de pouvoir ensuite faire une pause, discuter en tête-à-tête ou en petits groupes, et comprendre pourquoi telle personne a exprimé tel argument en lien avec sa culture et sa tradition. Pour moi, l’œcuménisme ne se limite pas aux moments officiels. Ce qui se construit dans l’informel est tout aussi important.
Le COE affirme : « Notre monde, de plus en plus divisé et polarisé, a un besoin urgent de l’unité entre les fidèles et les Églises chrétiennes. » Est-ce que tu as l’espérance que cette conférence puisse faire avancer les choses ?
Oui, j’ai de l’espérance pour cette conférence, et pour deux raisons. D’abord, il y a l’aspect critique par rapport à Nicée, Constantinople. Je dois avouer qu’il y a trois ans, quand j’ai entendu parler de cette conférence, je me suis demandé : est-ce qu’on va juste glorifier l’histoire chrétienne ? Bien sûr, il y a une part de reconnaissance – la beauté de cette histoire, ces 1700 ans d’histoire portés par un texte fondateur. Mais il faut aussi savoir garder un regard critique : en quoi ce texte nous parle aujourd’hui ? Dans quel contexte a-t-il été écrit ? Et si on devait en écrire un aujourd’hui, serait-il différent ? Ces questions sont essentielles, surtout quand on réfléchit à l’identité du christianisme aujourd’hui dans notre société actuelle. Et puis, j’ai de l’espérance grâce à la jeunesse. Il y aura des jeunes présents au GETI, mais aussi dans la commission, et on essaie vraiment de travailler ensemble. Cela donne une dynamique intergénérationnelle. Ce ne sont pas seulement des théologiens de plus de 50 ans qui discutent entre eux. Le but, c’est de construire quelque chose ensemble, pour l’avenir de l’œcuménisme.
La dernière conférence mondiale de Foi et Constitution remonte à 1993, et la première, en 1927, a jeté les bases de la création du COE. Ces conférences ont marqué leur époque. Ressens-tu le poids de cet héritage ou une certaine pression à accomplir quelque chose de significatif ?
Non, pas vraiment… Je pense que celles et ceux qui étaient déjà membres de la commission en 1993, ressentent peut-être une certaine pression, un besoin de continuité – ils ont aussi plus de recul. Moi, avec mon regard de jeune, je suis plutôt dans une dynamique de renouveau, moins dans la transmission. Je ne ressens pas de pression, mais plutôt de l’envie et la volonté que le travail théologique ecclésiologique que nous faisons ait un sens pour aujourd’hui.
Que pourraient faire les Églises suisses – et notamment l’EERS – pour faire vivre les fruits de cette conférence en Suisse ?
Communiquer, c’est le plus important. Dire ce que nous avons fait, ce que nous allons faire. Quand je dis « nous », je parle autant de la Commission Foi et Constitution, que des personnes qui seront présentes et représentons l’EERS, y compris les jeunes théologien-nes réformé-es suisses qui participeront au GETI – Anna Lerch de Berne et Avi Girschweiler de Winterthour. On pourrait les inviter à participer à des activités dans les Églises cantonales, ou organiser un colloque à la suite de la conférence. Et puis, il faut communiquer aussi à travers les réseaux sociaux et les documents qu’on aura rédigés à la fin, afin que l’on puisse vraiment rendre visible tout ce qui aura été produit et partagé.
Qu’est ce qui te motive justement à t’engager dans ces rencontres ?
J’ai vraiment envie de participer à ces conférences et de vivre le partage, de vivre de l’Évangile. Je trouve que l’Évangile et l’Église deviennent vivants à ces moments-là.
Depuis notre perspective réformée suisse, où nous sommes parfois un peu dispersés, on se retrouve avec des personnes du monde entier qui vivent la foi de cet Évangile – et on se nourrit mutuellement. C’est une vraie richesse de savoir que mon frère et ma sœur ne sont pas seulement les personnes de la paroisse d’à côté, mais peuvent être à l’autre bout du monde. Et vivre cette richesse, cela renforce aussi un peu notre identité réformée suisse.
Ces conférences m’aident à comprendre qui je suis en tant que réformée, qui nous sommes. Quand je suis confrontée à d’autre traditions dans la liturgie, je me dis parfois : « Oh, mince, je ne pourrais jamais prier comme cela ». Mais c’est incroyable comment une manière de prier, présentée par un orthodoxe, me fait mieux comprendre ce que ce que je vis dans la foi. Et cela me pousse à me questionner, à réfléchir : est-ce que je pourrais changer un peu ma manière de prier ?
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Emma van Dorp est une théologienne suisse, doctorante à la Faculté de théologie de l’Université de Genève, où elle travaille comme assistante en théologie systématique. Sa recherche porte sur la foi communautaire dans le protestantisme suisse et dans le mouvement œcuménique. Elle est également ancienne étudiante de l’Institut œcuménique de Bossey, où elle a obtenu un master en œcuménisme.
En 2023, elle a été élue membre de la Commission Foi et Constitution du Conseil œcuménique des Églises (COE), l’un des organes théologiques les plus anciens du mouvement œcuménique. Fondée en 1910 dans le cadre de la Conférence missionnaire mondiale d’Édimbourg, la Commission est aujourd’hui un espace de dialogue théologique entre Églises de traditions diverses – protestantes, orthodoxes et catholiques – qui cherchent à approfondir leur compréhension mutuelle et à avancer vers l’unité visible.
Les travaux actuels de la Commission s’articulent autour de trois axes principaux : la réception du document « L’Église : vers une vision commune », qui explore comment ce texte est accueilli et mis en œuvre dans les différentes Églises ; le discernement moral, qui cherche à comprendre comment les traditions chrétiennes prennent des décisions éthiques dans des contextes parfois conflictuels ; et enfin, le lien entre unité et mission, qui interroge la manière dont les Églises peuvent témoigner ensemble dans le monde, en particulier dans le cadre du pèlerinage de justice, de réconciliation et de paix.
Emma van Dorp participera à la sixième Conférence mondiale de Foi et Constitution, qui se tiendra du 24 au 28 octobre 2025 au Logos Papal Center à Wadi El Natroun, en Égypte. Ce lieu, situé dans une région monastique au cœur du désert, est porteur d’une longue tradition spirituelle. La conférence est organisée à l’invitation de l’Église copte orthodoxe, qui accueille les participantes et participants dans un esprit d’hospitalité et de dialogue. Cette rencontre internationale marquera le 1700ᵉ anniversaire du premier Concile œcuménique de Nicée et réunira des théologiennes et théologiens du monde entier autour du thème « Quels horizons pour l’unité visible ? », dans une démarche de réflexion commune sur les fondements de la foi chrétienne et les chemins de communion entre les Églises.
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