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Prise de position du Conseil EERS «Accompagnement spirituel et orientation sexuelle»

26 mai 2026

« Moi, je suis venu pour qu’ils aient la vie et qu’ils l’aient en abondance. » (Jean 10,10) 

1. Motif

Dans sa prise de position du 8 avril 2026, le Conseil de l’EERS s’est expressément rallié à l’exigence politique d’une interdiction nationale des « thérapies de conversion ». Le Conseil de l’EERS affirme que ces « thérapies de conversion » doivent être rejetées. Cela vaut également lorsqu’elles interviennent dans un contexte religieux ou ecclésial. 

Depuis des années, on débat au niveau fédéral de l’interdiction de pratiques visant à modifier ou à réprimer l’orientation sexuelle, l’identité de genre ou l’expression de genre des personnes. Certains cantons ont déjà mis en place des interdictions. Au niveau fédéral, des interventions parlementaires et un rapport du Conseil fédéral sont en cours d’examen. Le débat politique est au point mort. Sur le fond, il n’y a toutefois aucune raison d’attendre. 

Cette prise de position n’est pas liée uniquement au débat politique. Elle découle également de la responsabilité de l’Église vis-à-vis de ses propres pratiques. Lorsque de telles pratiques sont associées à des interprétations religieuses, à l’autorité spirituelle ou à des relations pastorales, on n’a pas uniquement affaire à des pratiques discutables d’un point de vue professionnel. Il s’agit d’abus spirituels. Le Conseil constate que les « efforts visant à changer l’orientation sexuelle » (Sexual Orientation Change Efforts – SOCE) ne manquent pas seulement de fondement médical, psychothérapeutique ou du point de vue de la sexologie, mais qu’ils doivent également être rejetés pour des raisons théologiques et éthiques. Ces pratiques mettent en danger l’intégrité psychique des personnes victimes et transforment l’accompagnement spirituel en un instrument de soumission religieuse. 

L’EERS et ses Églises membres ont ici une double responsabilité. Elles doivent clarifier leurs positions en matière d’éthique sexuelle et les communiquer de manière compréhensible au grand public. Elles doivent également garantir la protection de l’intégrité personnelle dans l’accompagnement spirituel et dans les autres domaines d’activité de l’Église. Le Conseil estime donc qu’il est nécessaire d’agir sur le plan juridique. Les pratiques visant à modifier ou à réprimer l’orientation sexuelle, l’identité de genre ou l’expression de genre doivent être interdites par la loi. Il convient également de veiller à ce que le droit à l’autodétermination des personnes victimes soit préservé et à ce qu’un accompagnement sans préjugés reste possible. C’est précisément pour cette raison qu’il est nécessaire de disposer d’une orientation théologiquement claire et solide en matière d’accompagnement spirituel.

2. La personne devant Dieu  

La théologie réformée n’envisage pas la personne à partir d’une image idéale de l’être humain, mais à partir de l’attention que Dieu lui porte. L’être humain est une créature et un partenaire de l’alliance avec Dieu. Il ne se doit pas à lui-même. Il vit d’une interpellation qui le précède. C’est là que réside sa dignité. Cette dignité n’est pas graduée. Elle ne dépend ni des performances, ni de la reconnaissance sociale, ni de la conformité aux attentes culturelles. 

C’est également à partir de là qu’il faut aborder la sexualité. La sexualité n’est ni la totalité de la personne, ni un aspect secondaire. Elle fait partie intégrante de la réalité corporelle et biographique de l’être humain. C’est à travers elle que les personnes humaines font l’expérience de la proximité, du désir, de l’attachement, de la joie et de l’épanouissement. Mais c’est aussi à travers elle qu’elles font l’expérience de la honte, de la blessure, de l’ambivalence et de la peur. C’est pourquoi l’Église ne doit ni sacraliser ni délégitimer la sexualité. Elle doit la prendre au sérieux en tant que partie intégrante de la vie, où se manifestent à la fois la liberté et la vulnérabilité. 

C’est pourquoi, même en matière de sexualité, la personne n’est pas un objet soumis à la volonté de l’Église. Elle est un vis-à-vis. La personne qui fait appel à un accompagnement spirituel n’est pas un cas pour l’application d’une doctrine. L’accompagnement spirituel réformé doit être au service de la personne – il n’est pas un moyen pour augmenter le contrôle ecclésial sur celle-ci.

 3. La sexualité : don et espace de vulnérabilité 

La sexualité fait partie de la création de Dieu, celle qu’il déclare « bonne ». Elle fait partie intégrante de la personne et s’épanouit tant dans les relations avec les autres que dans le rapport de l’être humain à lui-même. La bénédiction de Dieu peut se manifester en elle, dans des moments d’épanouissement, d’intimité et d’amour vécu avec joie. Là où les êtres humains vivent dans le respect, la liberté et la responsabilité, la sexualité n’est pas un domaine extérieur à la foi, mais fait partie de la vie humaine devant Dieu. L’accompagnement spirituel a également pour mission de rappeler ce don et d’accueillir les personnes dans la joie et le plaisir qu’ils y découvrent. 

En même temps, la sexualité est un domaine où les personnes sont particulièrement vulnérables. Elle touche au corps, à l’intimité, au rapport à soi-même et à la reconnaissance des autres. C’est pourquoi elle expose à la honte, à la violence, à la dépendance et aux abus de pouvoir. Quiconque s’exprime ou agit dans ce domaine intervient dans ce qui fait l’intégrité personnelle. C’est précisément pour cette raison que l’Église ne doit pas se montrer désinvolte, moralisatrice ou envahissante dans ce domaine. 

Dans ses publications éthiques, l’EERS a défini les valeurs fondamentales qui doivent guider son action dans ce domaine : la dignité, la liberté, l’autodétermination, l’intégrité physique et psychique, la protection de la vie privée, l’égalité et la non-discrimination. Ces valeurs ne constituent pas un simple ajout extérieur à la foi. Ils concrétisent, dans le contexte actuel, ce que signifie respecter la personne en tant que créature de Dieu. Dans son étude intitulée « Mariage, parentalité, enfants », l’EERS met expressément l’accent sur l’autodétermination, la protection contre la discrimination et la prise en compte de la pluralité de la création. Dans la prise de position de l’EERS intitulée « Les valeurs fondamentales selon la vision protestante », la liberté, la responsabilité, la communauté, l’autonomisation et la participation sont identifiées comme des valeurs directrices. 

4. Accompagnement spirituel réformé  

L’accompagnement spirituel fait partie intégrante de la vie chrétienne. Il prend en compte les défis auxquels les personnes sont confrontées et vise à leur offrir un soutien. C’est dans l’action de Jésus que cette aide trouve son expression la plus exemplaire : dans le dialogue, la prière, l’attention bienfaisante, la réintégration des personnes marginalisées, la proximité avec les personnes exclus de la société et l’échange personnel. La communauté chrétienne est donc appelée au soin mutuel – non seulement envers les personnes qui se trouvent en son sein, mais aussi envers toutes celles et tout ceux qui entrent dans l’horizon de la mission de Dieu. C’est dans la suite de ce mouvement que s’inscrit aujourd’hui l’accompagnement spirituel réformé. 

L’accompagnement spirituel est donc une expression de la responsabilité ecclésiale à l’égard des personnes confrontées aux tensions de leur vie. Il commence par l’écoute. Il ne vise pas à faire entrer les personnes dans un schéma prédéfini. Ce n’est pas non plus un domaine religieux à part, où les exigences de professionnalité et la critique du pouvoir seraient suspendues. C’est précisément parce que l’accompagnement spirituel repose sur la confiance, la proximité et un langage qui met des mots sur les questions existentielles qu’il constitue un espace de responsabilité accrue. 

En matière de sexualité, cela signifie que l’accompagnement spirituel réformé crée un espace où chaque personne doit pouvoir s’exprimer sur son désir, son orientation, son identité, ses relations, ses blessures, les conflits auquel il fait face et les cas de conscience qui le préoccupent. Cet espace ne doit être dominé ni par la honte ni par une orientation idéologique. L’accompagnement spirituel ne condamne pas. Il ne pathologise pas. Il ne confond pas accompagnement et contrôle. 

Il respecte l’autonomie de la personne qu’il accompagne. Cela ne signifie pas qu’il approuve toutes ses décisions. Cela signifie qu’il ne fait pas de cette personne l’objet d’une volonté ecclésiale. Il prend au sérieux le fait que les questions liées à la sexualité touchent à l’histoire personnelle, à la conscience, au corps et aussi à des expériences de blessure. 

L’accompagnement spirituel implique une proximité tout en préservant une certaine distance. Il requiert à la fois une attention humaine et la reconnaissance de limites qui garantissent une sécurité. C’est pourquoi il exclut toute forme de transgression des limites, d’appropriation ou d’instrumentalisation de l’accompagnement afin de satisfaire de besoins personnels. Conformément aux principes et standards de l’EERS relatifs à la protection de l’intégrité personnelle, la responsabilité de préserver le caractère professionnel de la relation incombe exclusivement à la personne chargée de l’accompagnement spirituel. Cette responsabilité s’applique à toute personne exerçant un accompagnement au nom de l’Église. L’accompagnement spirituel connaît ses limites. Il n’est ni une thérapie, ni un conseil spécialisé en sexologie. Il ne propose pas de diagnostic. Il doit donc s’appuyer sur d’autres disciplines et, si nécessaire, orienter vers les services appropriés. Une Église qui parle de sexualité sans tenir compte des asymétries de pouvoir, des dynamiques liés au trauma et des limites de sa propre compétence n’agit pas de manière responsable. 

5. Ce que l’accompagnement spirituel réformé exclut

Pour le Conseil de l’EERS, une chose est claire : toute pratique visant à modifier, à réprimer l’orientation sexuelle, l’identité de genre ou l’expression de genre, ou à les considérer comme une forme déficitaire, est incompatible avec l’accompagnement spirituel réformé. Cela vaut indépendamment du fait que ces pratiques soient justifiées par des raisons thérapeutiques, spirituelles, pastorales ou à visée consultative. Lorsque la personne est amenée à se conformer à une norme prédéfinie, l’on sort du cadre de l’accompagnement spirituel. 

Sont également incompatibles avec l’accompagnement spirituel réformé toutes les formes d’abus spirituel, d’influence suggestive, d’humiliation, de manipulation et de non-respect des limites. L’asymétrie des relations d’accompagnement spirituel impose des obligations particulières à la personne qui accompagne. La responsabilité envers le respect des limites professionnelles n’incombe jamais à la personne accompagnée. Elle incombe au collaborateur ou à la collaboratrice de l’Église. Dans ses Principes et standards pour la protection de l’intégrité personnelle, l’EERS a expressément établit la protection de la personne et l’éthique professionnelle correspondante comme une tâche obligatoire pour les Églises membres. 

6. Responsabilité de l’Église  

Il en découle des tâches concrètes. Tant les accompagnatrices et accompagnateurs professionnel-les que bénévoles doivent disposer de connaissances de base sur la sexualité, l’égalité des genres, la discrimination, les rapports de force et les traumatismes. Ils ont besoin de supervision et d’intervision. Ils doivent connaître les limites de leur propre rôle. Les personnes victimes ont besoin de structures d’accompagnement et de signalement accessibles. L’Église doit dire ce qu’elle protège et montrer comment elle protège. 

En matière de sexualité, l’Église ne doit aux personnes ni un rejet teinté de piété, ni une validation à bon compte. Elle leur doit un accompagnement qui soit respectueux de la dignité de la personne, fidèle à la clarté de l’Évangile et conscient des limites du pouvoir ecclésial. Lorsque l’Église assume cette mission, elle ne se contente pas de parler de liberté. Elle la met en pratique.  

7. Conclusion 

L’accompagnement spirituel réformé est au service de la personne. Il préserve la liberté qui permet aux personnes de se découvrir, telles qu’elles sont en vérité, devant Dieu et devant elles-mêmes. C’est pourquoi tout ce qui dévalorise l’orientation ou l’identité sexuelle sur le plan religieux et vise à forcer un changement va à l’encontre de sa mission. 

En matière de sexualité, l’Église ne doit ni prendre une position dominante, ni se murer dans le silence. Elle doit écouter, discerner, accompagner et protéger. Telle est sa contribution à une vie qui n’est pas régie par la peur. 

Sources 

Les valeurs fondamentales selon la vision protestante, Fédération des Églises protestantes de Suisse, 2007 

Mariage, parentalité, enfants – Quelles conséquences le mariage pour les couples de même sexe entraîne-t-il ? , Église évangélique réformée de Suisse, 2022 

Principes et standards pour la protection de l’intégrité personnelle, Église évangélique réformée de Suisse, 2025 

Position du Conseil concernant la demande politique visant à interdire les « thérapies de conversion » au niveau national , Église évangélique réformée de Suisse, 2026