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Quelle place pour l’Église réformée dans la sphère publique ? Le Synode débat de son rôle dans la société

15 juin 2026

Lors de la deuxième journée du synode d’été à Bulle, l’Église évangélique réformée de Suisse (EERS) a débattu de questions fondamentales concernant son orientation. La présidente Rita Famos a ouvert la session en plaidant pour une communion d’Églises réformées vécue de manière visible. Les discussions se sont ensuite concentrées sur la manière dont l’Église doit communiquer publiquement, ainsi que sur le choix du moment le plus adapté. Les délégué-es ont également débattu de la manière dont les Églises membres partagent les charges financières et coopèrent au niveau national, ainsi que sur un éventuel rapprochement avec les Églises luthériennes. Le Synode a validé le rapport d’activité et les comptes 2025.

 

Message de la présidente : « Vivre l’Église – ensemble, de manière visible »
Dans son message au Synode, la présidente de l’EERS Rita Famos a mis l’accent sur la relation entre la vie de l’Église et ses structures. L’Église ne se fonde pas sur son administration, ses règlements et ses budgets, mais sur l’appel de Dieu – pourtant, la manière dont les Églises réformées collaborent, prennent des décisions et partagent les charges fait précisément partie du témoignage de l’Église. Face à la raréfaction des ressources, elle a plaidé en faveur d’une communion entre l’EERS et ses Églises membres en prenant pour exemple les neuf compagnies de transport du Rigi qui ont uni leurs forces sans renoncer à leur autonomie.

« Nous ne sommes pas des Églises séparées. Nous sommes une seule Église. Nous sommes en communion. », Rita Famos, présidente de l’EERS

Son discours a donné le ton à la suite des délibérations de la journée. En effet points à l’ordre du jour soulèvent précisément la question de savoir ce que les Églises doivent régler ensemble et ce qu’elles doivent gérer de manière autonome, du principe de solidarité concernant la clé de répartition des contributions à la collaboration au sein des conférences, en passant par les déclarations publiques concernant des questions politiques.

Rapprochement avec les Églises luthériennes (BELK)
En début de matinée, la Fédération d’Églises luthériennes de Suisse et dans la Principauté de Liechtenstein (BELK) s’est présentée au Synode. La BELK est une fédération de paroisses luthériennes de Bâle, Berne, Genève, Vaduz et Zurich, qui compte environ 3500 membres. En mars 2026, elle a déposé à l’unanimité une demande d’association avec l’EERS – c’est-à-dire une forme d’échange institutionnalisée qui implique une certaine forme d’engagement tout en préservant l’autonomie des deux parties.

« Nous considérons une association comme un signe de solidarité et d’unité entre Églises réformées. »,  Renate Dienst, présidente de la BELK

Le Synode a pris connaissance du projet d’association et a réaffirmé ses attentes concernant l’accord à négocier. Il a chargé à l’unanimité le Conseil de poursuivre les négociations.

Nouvelles interventions : prise de parole publique et collaboration interne
Deux nouvelles interventions émanant des membres du Synode ont remis en question l’identité de l’EERS. (Dans le cas d’une motion, le Synode confie une mission au Conseil. Dans le cas d’une interpellation, il demande au Conseil de répondre à des questions concrètes.)

L’interpellation d’Esther Straub (ZH) et de onze cosignataires concernant les prises de position publiques du Conseil de l’EERS a fait l’objet d’une attention particulière. Elle soulève la question de savoir quand et dans quel but l’Église s’exprime publiquement. Cette interpellation fait suite au fait que le Conseil n’a pas émis de recommandation de vote concernant l’initiative pour le développement durable « Pas de Suisse à 10 millions ! », mais a simplement fait connaître sa position par le biais d’une interview de sa présidente – alors qu’il s’était clairement exprimé, par exemple, sur l’initiative de la SSR « 200 francs, ça suffit ! ». Les auteurs de l’interpellation demandent comment l’EERS peut remplir sa mission en faveur de la justice, de la paix et de la sauvegarde de la création en se limitant à ouvrir des espaces de discussions sans forcément adopter de positions claires.

Dans sa réponse, le Conseil – représenté par la présidente Rita Famos et le vice-président Pierre-Philippe Blaser – a justifié sa réserve en la présentant comme un choix délibéré : face à des sujets qui suscitent une forte polarisation et divisent les membres de l’Église, la priorité est de préserver le dialogue. « L’implication directe » de l’Église fait partie des critères déterminants en matière de prises de position et de déclarations publiques, à savoir si la vie ecclésiale, le travail d’aumônerie, les financements ou les professions ecclésiastiques sont directement concernées.

Le Conseil a souligné que l’EERS s’exprimait régulièrement concernant des questions liées à l’asile, la migration, la paix et le développement, mais a admis que ses prises de position mesurées pouvaient parfois s’apparenter à une forme de retenue pour l’opinion public et que la communication devrait peut-être être renforcée dans le domaine. À des fins de clarification, le Conseil a présenté la publication en format 10 questions – 10 réponses intitulée « Pourquoi et comment l’EERS intervient dans le débat public ».

« Lorsque l’Église ouvre de tels espaces, elle ne se retire pas de la sphère publique. Elle assume la responsabilité de la manière dont nous, en tant que société, discutons ensemble. C’est aussi un service rendu à la paix. », Rita Famos, présidente de l’EERS

Le débat a révélé un éventail d’opinions mesurées, oscillants entre le souhait de voir l’EERS s’exprimer plus fermement publiquement et la compréhension de la nécessité de faire preuve de retenue compte tenu de la diversité de ses membres. Une chose est apparue clairement : la question n’est pas de savoir si l’EERS doit s’exprimer publiquement, mais quand, sous quelle forme et avec quel degré d’engagement ; aucun vote n’a eu lieu.

Le Synode a rejeté, par 34 voix contre 27 et 2 abstentions, la motion d’Esther Straub visant à réorganiser les conférences de l’EERS. La nécessité d’une clarification n’a pas été contestée au cours du débat : il convient de réexaminer les conférences et de rendre la collaboration nationale entre les Églises réformées plus contraignante et plus légère. La manière d’y parvenir est restée controversée. Le Conseil de l’EERS a reconnu le bien-fondé de la demande, mais a estimé qu’une motion n’était pas l’instrument approprié, car elle anticipait une réorganisation. Il souhaite d’abord clarifier les besoins concrets et présenter au Synode, dans un délai d’un an, une proposition de structure moderne pour les trois conférences.

Un engagement clair en faveur d’une clé de répartition des contributions solidaire
La motion concernant la clé de répartition des contributions de l’EERS a suscité de nombreuses interventions. Le Conseil a proposé un nouveau modèle de solidarité qui adapte mieux les contributions des Églises membres en fonction de leur capacité financière avec un facteur de solidarité de 0,005 et une mise en œuvre prévue pour 2028 avec une période transitoire de trois ans. Christoph Weber-Berg, président du Conseil de l’Église réformée d’Argovie a proposé l’introduction de son modèle « à taux forfaitaire » qui utilise la même base de données que le modèle de solidarité. Le Synode s’est clairement prononcé en faveur du nouveau modèle de solidarité proposé par le Conseil. La nouvelle clé de répartition des contributions a été accepté avec seulement deux voix contre.

Rapport d’activité, comptes et décharge 2025
Le Synode a approuvé le rapport d’activité et les comptes annuels 2025. Les comptes se soldent par un excédent de dépenses d’environ 10 000 francs, ce qui est nettement meilleur que les 79’000 francs budgétés. Le déficit sera imputé au capital de l’organisation.

Aperçu de la journée de mardi
Le Synode poursuivra ses délibérations mardi. Au programme figurent notamment des informations du Conseil, l’Institut œcuménique de Bossey, les rapports annuels des œuvres d’entraide EPER et fondia, les contributions aux organisations missionnaires ainsi que la composition du Synode pour le mandat 2027–2030.